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Le design en 2015, ce désespoir (Part. 3) : « L’enfer, c’est nous »

Si vous n’avez pas eu l’occasion de lire mes billets précédents, sur l’aseptisation du web et sur la crise identitaire que subit le design en 2015, je vous invite à rattraper votre retard, et ce même si cette troisième et dernière partie n’est pas vraiment une suite aux deux précédentes. Et, s’il vous prend l’idée de tout lire d’un coup, je vous conseille de vous réserver un petit créneau suffisant – puisque c’est un peu long – et de prévoir le nécessaire de survie à vos côtés (bière, popcorn, etc.), sait-on jamais… :)

Aujourd’hui, nous sommes le 21 juillet 2015 et cela fait donc un an jour pour jour que je me suis rendu à Bercy avec plusieurs de mes confrères pour y rencontrer Axelle Lemaire, la secrétaire d’État en charge du Numérique, suite à sa visite dans les locaux de Creads – agence connue pour pratiquer le travail spéculatif auprès des créatifs – et à la fronde des acteurs des métiers graphiques qui en aura découlé.

Bien que je ne fasse pas partie des “pionniers” ou des “précurseurs” qui ont érigé les bases pour défendre nos métiers créatifs – et dont certains étaient présents avec moi à cette réunion –, j’ai toujours eu au fond de moi cette âme de militant qui fait que je me suis toujours engagé comme un seul homme dans des actions et des combats que je considérais comme justes et justifiées.

En effet, j’ai toujours eu à cœur de m’investir dans des causes qui me touchaient particulièrement et qui, à mon sens, méritaient d’être défendues. C’est pour cela que, durant toute ma scolarité et ma vie professionnelle, j’ai été celui qu’on qualifiait souvent d’utopiste, d’idéaliste ou de rêveur parce que je savais qu’avec de la volonté, de la cohésion et de l’implication, il était possible de changer les choses et de participer un petit peu à son niveau à l’amélioration de son quotidien et, par extrapolation, du monde dans lequel nous vivons.

Comme bon nombre de mes confrères, j’arpente et je participe aux forums – et autres espaces de discussion, tels que les articles de blogs ou les réseaux sociaux par exemple – depuis quelques années dans le but de défendre nos droits et nos métiers, d’informer, d’éduquer les plus jeunes freelances aux bonnes pratiques commerciales et de relayer la bonne parole. Cette implication de tous les jours dans la vie de la communauté, je la dois à cette main tendue qui, un jour, m’a bien aidé à un moment donné, pour ne pas dire qui m’a sorti d’un sale pétrin. Voilà pourquoi j’ai eu envie de reprendre ce flambeau de l’entraide et d’essayer d’apporter à mon tour de l’aide et des conseils là où je pouvais le faire.

Malheureusement, en 2015, un an après Bercy, ce flambeau s’est éteint. Cet anniversaire est donc pour moi l’occasion de revenir sur l’année écoulée et de livrer une vision – personnelle, encore faut-il le préciser – des rapports que nous entretenons, nous les designers, vis-à-vis de l’engagement dans la défense de nos métiers, et d’aborder les conflits entre communautés qui polluent notre profession. Voici donc la 3e et dernière partie du dossier “le design en 2015, ce désespoir”, parsemée de nombreux états d’âmes, et intitulée : “l’enfer, c’est nous”.


Victime de son succès

Difficile de ne pas reconnaître que – intrinsèquement – le graphisme ou le web design sont des métiers merveilleux. Quel plaisir de pouvoir créer des œuvres issues de son esprit ou de son imagination. Quel pied de pouvoir les rendre réelles sur papier ou d’en faire une animation multimédia, et de les voir ensuite affichées sur un site web ou sur un écran géant. Quelle fierté de créer des sites internet et de les voir ensuite en ligne.

Du coup, le métier de designer jouit d’une réputation telle que beaucoup de jeunes, qu’ils soient étudiants ou encore lycéens, rêvent un jour de faire partie de cette “belle” et “joyeuse” profession. D’autant que l’image cool et branchée ajoutée à une ambiance détendue et conviviale – qui émanent entre autres des agences de communication – contribuent grandement à encourager les étudiants à s’orienter dans cette voie.

Les écoles de formation aux métiers graphiques et autres filières créatives de l’Education Nationale ne sont pas les seules à accueillir de plus en plus de candidats au design. Les divers organismes en réinsertion professionnelle, qu’ils soients institutionnels ou non, proposent leurs propres voies de recyclage vers ce qu’on aime encore à appeler “les métiers de demain”.

D’ailleurs, pour la petite histoire, c’est exactement comme cela que j’ai découvert le métier de designer, après avoir indiqué au conseiller chargé de ma réinsertion professionnelle que je souhaitais voir “la présence d’un ordinateur” dans la profession que j’aimerais exercer. Et c’est comme cela que j’ai fait la découverte d’un studio de création graphique. Ce n’est pas aujourd’hui que je vais m’en plaindre mais je sais que ma formation s’est faîte au prix de beaucoup de travail pour en arriver là où j’en suis aujourd’hui.

“Tout le monde est graphiste”

Seulement, bien qu’il fasse rêver autant de personnes désireuses de le rejoindre, le métier de designer souffre aussi de très nombreux préjugés lui collant à la peau, rendant l’exercice de son activité tantôt délicate, parfois décourageante. Parmi toutes ces idées reçues, la plus tenace et désagréable est très certainement le métier de graphiste n’en est justement pas un puisque le graphisme est avant tout considéré comme une passion.

tout le monde est graphiste design en 2015 desespoir
« Tout le monde est graphiste » – Entretiens avec cinq graphistes amateurs.

 

Si vous ajoutez à cela que tout le monde est graphiste puisque, muni d’un ordinateur, d’un logiciel – qu’il est facile d’aller cracker sur internet – et en regardant quelques tutoriels sur YouTube, il est possible de publier des documents à moindres frais. Loin de moi l’idée de jeter la pierre à toutes celles et tous ceux qui n’ont pas les moyens de se doter des services d’un graphiste pour leur communication, mon propos a seulement pour but de montrer que l’image véhiculée par le graphisme amateur, à savoir un exercice facile et accessible à tout le monde, écorne parfois l’image du graphisme professionnel et lui ôte ces petites choses essentielles qui font la valeur – et donc le prix – d’un graphiste.

Malheureusement, ce revers de la médaille, tout métier créatif (ou de l’esprit) le subit de plein fouet, à l’instar par exemple des illustrateurs – dont le dessin est souvent considéré comme un simple loisir – ou des photographes – où la photo semble à la portée de n’importe quelle personne équipée d’un bon appareil. Dès lors, les a priori prennent des raccourcis faciles jusqu’à devenir des façons de consommer la création :

  • Pourquoi rémunérer une personne – ou ce que beaucoup aiment appeler “un artiste” – dont l’activité est, pour elle, juste une passion ?
  • Pourquoi acheter quelque chose que tout le monde serait capable de faire s’il en avait seulement le matériel ?

Si tant est qu’il soit utile de le rappeler, ce n’est pas l’outil qui fait la qualité du professionnel mais sa manière de l’utiliser et de le manier pour concevoir l’œuvre qu’il a imaginée dans son esprit, sa façon d’appréhender la problématique d’un brief ou d’un cahier des charges imposé.

La grande braderie

Se confrontant à un marché du travail en pleine saturation, les nouveaux talents du design, débarquant chaque année dans la vie active à la recherche d’un emploi, sont très nombreux à faire le choix d’une activité freelance par défaut. Comme il est relativement facile de créer une activité d’Auto-Entrepreneur en quelques clics, beaucoup de jeunes designers – “jeunes” par leur expérience professionnelle, cela va sans dire – ont ainsi la possibilité de travailler sur divers projets et de s’exercer à la création pour améliorer leur patte graphique.

Ce besoin d’une absolue nécessité d’étoffer son book est tellement compréhensible pour ces jeunes designers que c’est devenu une aubaine pour certains clients, certaines agences peu scrupuleuses ou bien les néo-entrepreneurs de l’économie collaborative (suivez mon regard). En effet, ces commanditaires mal intentionnés ont rapidement compris l’intérêt – enfin, le leur surtout – d’exploiter les failles liées à l’inexpérience, aussi bien professionnelles que commerciales, pour mieux exploiter ces graphistes débutant dans la vie active.

Prix bradés (voire outrageusement bas), travail au forfait, salariat déguisé, mise en concurrence, travail gratuitles pièges qui jonchent le parcours du graphiste freelance débutant font légion.

L’école de la vie du freelance

Pour palier à ces prémices parsemés d’embûches, les écoles et autres organismes de formation sembleraient pourtant toutes désignées pour être les dignes représentants de la bonne parole, prêchant les bons conseils et astuces auprès des futurs designers et leur enseignant comment éviter – ou faire face – aux principaux pièges de base qui les attendent sitôt qu’ils auront débarqués dans la vie active.

Malheureusement, la tendance est loin d’être à la prévention du côté des écoles, bien au contraire. D’après les divers retours que nous pouvons avoir sur les différents espaces de discussion, il semblerait que des professeurs ou des formateurs aillent même jusqu’à encourager de concourir ou de travailler gratuitement dans le but de se faire connaître dans le métier, au lieu d’enseigner à leurs élèves quels effets désastreux ces pratiques ont pour toute une profession.

Face aux problèmes auxquels ils sont confrontés au démarrage de leur activité – si ce n’est pas avant, par exemple au moment de s’inscrire à la MDA ou de remplir le formulaire d’inscription en tant qu’auto-entrepreneur –, c’est bel et bien sur internet que la plupart des freelance débutants se tournent pour trouver les réponses. C’est là où des communautés de graphistes tels que les forums Kob One, CFSL et le regretté 1dcafé pour les plus connus, ou des groupes de discussion sur les réseaux sociaux, prennent le relais afin d’accompagner les débutants dans l’apprentissage de la vie de freelance.

Remerciements et usages de circonstance

Comme tout freelance débutant, j’ai beaucoup appris en arpentant ces forums qui sont de vraies mines d’or de l’information. Il me paraît important de rappeler que tous ceux qui y participent et donnent de leur temps pour prodiguer des conseils peuvent se permettre de donner ce genre de conseils justement parce qu’ils sont déjà passés par là, qu’ils ont fait ou vu faire ce type d’erreurs, et qu’ils connaissent bien les différentes entourloupes inhérentes à l’activité freelance. Les meilleurs d’entre nous ont eux aussi fait des erreurs à leurs débuts, et c’est justement en adoptant la bonne attitude et en suivant les conseils qui fonctionnent que leur activité freelance a pérennisé.

En cela, j’aimerais remercier très sincèrement des personnes comme Julien Moya, auteur du livre Profession Graphiste Indépendant – que tout graphiste freelance, mais pas seulement, se doit absolument de posséder dans sa bibliothèque –, le blog de Marie&Julien, ou Julien Clément, le fondateur du forum Kob One, ses modérateurs et ses membres – tels que Laurent Demontiers, Goulven Baron, Stephen Pellet et bien d’autres. Ces précurseurs ont cet immense mérite d’avoir posé les bonnes bases pour la défense de nos métiers graphiques.

profession graphiste independant livre
« Profession Graphiste Indépendant », le livre que tout freelance se doit de posséder

 

C’est grâce à cet immense travail de fond, initié déjà il y a une bonne dizaine d’années, que, depuis, des centaines et des centaines de graphistes freelances ont pu s’épanouir dans leur activité freelance jusqu’à réussir à la rendre pérenne, en commençant par refuser de brader leurs prix face au premier client venu, d’être mis en concurrence ou de travailler gratuitement pour les plates-formes de perverted crowdsourcing. C’est aussi grâce à cette éducation auprès des débutants et cette sensibilisation de chaque instant, sur tous les espaces de discussion de l’internet et d’ailleurs, qu’une pétition contre l’exploitation du travail gratuit a pu connaître un tel succès, lorsqu’elle a été mise en ligne le 1er juillet 2014.

Militant dans l’âme, acte 1

Depuis toujours, je suis convaincu que les grands changements et les évolutions positives qu’aurait à vivre notre société – mais aussi notre métier – ne pourraient se faire sans l’implication de chacun d’entre nous, à son échelle, dans un élan commun de solidarité, de tolérance et de partage.

Si nous voulons changer les mentalités, nous devons prendre l’initiative de faire évoluer les modes de fonctionnement traditionnels. Puisque nous sommes sensés être en démocratie, cela veut donc dire que c’est au peuple lui-même de prendre les rênes de son destin, de discuter afin de statuer sur les meilleures décisions à prendre pour son bien-être, et ce en fonction de chacun de ses domaines de compétences.

Et puis d’ailleurs, pourquoi en serait-il autrement ? Pourquoi ne serait-ce pas aux personnes directement concernées de procéder à des états généraux, de parlementer autour d’une problématique commune, que chacun vit et connaît bien, afin d’en ressortir la meilleure décision, en toute connaissance de cause ? Pourquoi est-ce que nous laissons le pouvoir de décider de nos vies, de nos sorts, ou de notre quotidien, à des personnes totalement étrangères à nos problèmes de tous les jours ? Pourquoi continuons-nous d’élire des personnes qui n’appliquent en rien ce pourquoi nous les avons élues ?

Une signature et puis s’en va

Lors de l’annonce de la visite d’Axelle Lemaire au sein de l’agence Creads et des propos qui lui avaient été rapportés, un mouvement sans précédent se forma jusqu’à conduire des graphistes à Bercy. Durant toute cette période dans laquelle je me suis beaucoup impliqué et participé aux diverses étapes, je me rappelle avoir été surpris – pour ne pas dire stupéfait – par le peu d’implication de mes confrères, hormis quelques exceptions qui, quant à elles, ont consacré beaucoup de leur temps et de leur énergie pour défendre leurs droits et leur profession.

Je me souviens par exemple que, sur le forum privé de Kob One, un sujet avait été créé et dédié entièrement à la création de supports de communication afin de mettre en image notre discours. Comme nous aimions tant à le dire, “nous sommes des communiquants, alors communiquons”. Sauf que pour une profession dont la spécialité est justement la communication, la création de visuels et la créativité, j’ai été choqué que très peu de propositions affluent, et le plus souvent réalisées par les mêmes personnes…

rien ne sert de concourir lutte contre travail gratuit
« Rien ne sert de concourir, il faut répartir à point. » – © Philippe Gélas – Illustration : Manu Tourrette (www.grafimages.com)

 

Force est de constater que, s’il est à la portée de tout le monde de signer une pétition – bien qu’à sa mise en ligne, personne n’aurait misé une pièce que plus de 7000 personnes se mobiliseraient pour la signer –, très peu de personnes sont vraiment prêtes à utiliser ne serait-ce qu’un peu de leur temps pour défendre leur métier d’une gangrène dont ils aiment tant se plaindre. En cela, je rejoins totalement l’avis de Sébastien Drouin qui avait déjà constaté la même démobilisation à cette période-là avec le mouvement qu’il était en train de créer de son côté avec plusieurs confrères.

La représentativité toujours en question

Lors de la rencontre à Bercy, Axelle Lemaire s’interrogeait sur la représentativité de nos métiers et de la parité hommes/femmes. Un an après, cette question demeure toujours sans réponse. Là où nos professions et nos contraintes sont si différentes pour un opérateur P.A.O. travaillant en imprimerie, pour un graphiste freelance, pour un designer produit ou pour un web designer officiant en agence de communication, nos valeurs sont, à n’en point douter, les mêmes : l’amour et la reconnaissance du travail bien fait, la volonté de donner du sens au message, le respect pour le cahier des charges et les contraintes techniques, le goût pour la créativité et l’harmonie visuelle, le désir de renouvellement et d’innovation, et, bien sûr, la protection de nos droits et de nos acquis…

Alors, quels sont les facteurs qui font qu’une personne est plus représentative qu’une autre ? Faut-il exercer exactement le même métier pour cela ? Faut-il avoir beaucoup de followers sur Twitter ? Faut-il avoir un portfolio de qualité ? Faut-il tenir un blog sur le graphisme depuis plus de 5 ans ? Ou bien depuis plus de 10 ans ? Faut-il habiter à Paris ?

De prime abord, il parait assez légitime que ce type de facteurs contribuent à rendre une personne plus représentative qu’une autre car, de fait, plus influente. Mais cela ne fait pas tout. Au delà de la connaissance impérative des sujets abordés, il apparaît essentiel que l’implication ou la motivation allouée à son engagement, l’expérience et la volonté de rassemblement soient l’essence même de toute candidature à être un porte-parole pour sa profession.

Militant dans l’âme, acte 2

Quelle ne fut pas ma surprise lorsque je fus contacté directement par le cabinet d’Axelle Lemaire, le mardi 2 juillet (soit le lendemain de la mise en ligne de la pétition sur travailgratuit.com). Je me rappellerai toujours de ce coup de téléphone à mon travail, un soir vers 18h – alors que j’avais récupéré le standard, étant un des derniers à partir – et le balbutiement qui en suivit auprès de mon interlocutrice.

Ma première réaction fut de ne pas comprendre pourquoi est-ce que j’avais été contacté. Je pensais donc décliner l’invitation puisque je me sentais tout sauf représentatif de qui que ce soit. C’est alors que, dans une conversation sur Skype, Ludivine Vinot me convainquit de rejoindre l’équipe des Graphisteries – puisque j’avais sécurisé le blog suite au hack que celui-ci avait subi – et d’aller à la réunion à Bercy au nom du blog des Graphisteries, car elle était malheureusement dans l’incapacité de s’y rendre. Je profite donc du fait d’aborder ce passage pour remercier très sincèrement et très chaleureusement Ludivine, pour m’avoir donné l’impulsion nécessaire qui m’a fait mettre le pied à l’étrier de cette fantastique aventure que j’ai pu vivre au sein des Graphisteries.

Grâce à elle, j’ai eu la chance de rejoindre également “la boucle de mails”, regroupant les précurseurs de la lutte pour la défense de nos droits cités un peu plus haut. Je me rappelle que, ce qui m’avait frappé dans un premier temps, c’était l’absence de “plan” prévu en vue de la rencontre à Bercy. Dans cette discussion par mail, il y avait beaucoup d’interrogations et de supputations sur qui allait participer à la réunion, pour quelle raison, etc. Ce qui, quelques jours après, me valut d’ailleurs une première petite altercation sur le forum de Kob One avec Goulven Baron au sujet de ses jugements déplacés sur la légitimité des personnes invitées à participer à la réunion.

Soldats, au rapport !

Je me rappelle que, dès mon arrivée dans « la boucle de mails », je me suis fendu d’un mail pour me présenter aux autres. Puis, très vite, la pression est montée et je me suis rendu compte qu’il était inconcevable de débarquer à Bercy devant une Ministre ou une Secrétaire d’État sans apporter un document. C’est alors que j’ai adapté la charte graphique du site travailgratuit.com au support papier en vue d’accueillir un éventuel dossier pour la réunion. Julien Moya, en vacances à ce moment-là, proposa d’y apposer aussi la lettre ouverte adressée à Axelle Lemaire.

À partir des discussions issues du forum privé de Kob One et de quelques points soulevés dans la boucle, j’ai commencé à échafauder un premier plan avec les sujets qui me semblaient importants d’aborder lors de la réunion. Le forum privé de Kob One servant de discussion et de centralisation aux diverses réflexions, j’ai pu puiser dedans pour en faire émerger les principaux axes et les ajouter à ce qui allait devenir le rapport qui serait rendu à Axelle Lemaire le 21 juillet 2014.

La dynamique engendrée par la conception de ce rapport vit Julien Clément, le fondateur de Kob One, me rejoindre pour m’aider à la constitution du plan et dans la synthétisation des informations. Puis Guillaume Belin de Chantemele nous rejoignit dans la boucle (puisqu’invité lui aussi à Bercy) et se joint également à la conception du dossier pour y apporter toutes ses connaissances d’un point de vue juridique, mais pas seulement. C’est également Guillaume qui est à l’origine de la très belle conclusion du rapport. Malheureusement, n’étant seulement que trois personnes pour tout réaliser, avec un ultimatum fixé au 21 juillet, un appel à candidature fut lancé, afin que d’autres personnes interviennent pour filer un coup de main, en particulier à la création des infographies, à l’import des 7000 signatures issues de la lettre ouverte et à la relecture/correction du document. A cet appel, peu de personnes y répondirent, ce qui, je me souviens à l’époque, me laissa profondément perplexe quant à toute l’énergie et l’implication que nous étions en train d’insuffler dans ce rapport tandis que d’autres nous regardaient simplement faire, sans broncher.

Néanmoins, Boris Epp, Frédéric Momméja et Jérôme Leroy répondirent respectivement à l’appel et nous apportèrent un bon coup de pouce dans l’élaboration du rapport et de la lettre ouverte en version papier. J’aimerais ici, une nouvelle fois, les remercier très chaleureusement pour leur aide et pour ce travail collaboratif. Un grand coup de chapeau également à Julien Clément et Guillaume Belin d’avoir pris sur leur temps de travail de leur activité freelance pour participer à la conception de ces documents. Et un grand merci également à tous celles et tous ceux qui ont participé sur le forum privé de Kob One.

remerciements pour designers defense des droits metiers creatifs
Un grand merci à tous ! BIG UP :)

 

Tandis que nous ajoutions à la boucle de mails l’ensemble des graphistes participant à la réunion afin de mieux la préparer (Geoffrey Dorne, Sébastien Drouin et Sébastien Verdevoye), j’ajoutais leurs noms en fin du rapport afin que personne ne se sente exclu.

Métiers Graphiques, une chimère de poussière

Même si la rencontre avec Axelle Lemaire n’a pas été couronnée du succès escompté par les signataires de la pétition – et par nous, ses participants –, il nous ouvrait à nouveau les portes de Bercy pour un deuxième rendez-vous avec les services de la Direction des Affaires Juridiques de Bercy. Cette réunion était aussi annonciateur d’un espoir où nos métiers pourraient être représentés dignement par une ou plusieurs structures qui seraient proches de nos problématiques de tous les jours et qui marqueraient une certaine forme de maturité dans notre façon de défendre nos métiers.

L’idée était toute trouvée : relancer l’association Métiers Graphiques, en sommeil mais qui était à l’origine du Kit de Survie des Métiers Créatifs ou du site Briefing Room, un site permettant aux débutants de se former à partir de faux briefs, plutôt que d’aller engraisser les sociétés exploitant ce type de travail gratuit. Tout était là, sous nos yeux, déjà conçu et même déjà écrit, sur les forums ou sur les blogs. Il ne nous restait plus qu’à définir les grands axes à suivre et lancer l’appel à adhésions. Car, pour nous, l’association se devait être participative, afin d’impliquer un maximum de personnes dans le mouvement et ainsi lui permettre de se renouveler plus facilement en idées et en actions.

Les vacances ont pris le relais sur ce bel élan d’espoir, permettant de souffler et de se reposer après une telle débauche d’énergie. Mais, au retour des vacances, la motivation n’était toujours pas au rendez-vous dans les échanges des membres du “mouvement #travailgratuit”. Seules les mêmes personnes qui avaient contribué à la conception du rapport ainsi que Julien Moya semblaient prêtes à relancer la machine. Les pourparlers n’aboutirent à rien de concret et, petit à petit, le soufflet retomba.

Je crois que ma plus grosse déception se situe à ce moment-là, lorsque, dans une dernière tentative – que je pressentais malheureusement comme déjà vouée à l’échec –, j’ai proposé un questionnaire sur les axes de travail à entreprendre et sur le temps que chacun pourrait leur consacrer au sein de l’association. Pour ceux qui ont répondu, le manque de motivation et d’envie se faisaient cruellement sentir. D’autres ne se sont même pas donné la peine de répondre, scellant définitivement le destin de l’association Métiers Graphiques.

Here comes a new challenger

Quelques temps après, Kathleen Rousset fut ajoutée à la boucle, suite à son implication dans la pétition pour la révision de l’article 49 du code des Marchés Publics en partenariat avec l’Alliance Française des Designers. Cette énergie nouvelle fut assez bénéfique puisqu’elle apporta un peu de souffle à un mouvement en perte de vitesse et en quête de renouvellement.

petition pour des marches publics et appels doffre equitables
Pétition pour des marchés publics et appels d’offres équitables

 

Lorsque le cabinet d’Axelle Lemaire nous informa que la date de la 2e réunion à la DAJ de Bercy avait été fixée au 26 novembre 2014, je ne fus pas le seul à décliner l’invitation. Kathleen nous proposa alors de s’y rendre pour palier aux absences. C’est ainsi également que Alexandre Becquet se rendit à la réunion aux côtés de Sébastien Drouin, puisque entre temps, en septembre 2014, eux deux et cinq autres confrères – dont Ludivine Vinot – avaient fondé l’ANEC, l’Association pour un Nouvel Élan Créatif.

Je tiens à féliciter sincèrement les sept membres fondateurs de cette association pour tout le travail effectué depuis plus d’un an. C’est d’ailleurs pour cette même raison que, récemment, j’ai proposé à Sébastien Drouin de venir présenter l’ANEC sur les Graphisteries, parce que je trouvais que ce type d’implication méritait d’être soutenu.

Slack my bitch up

Beaucoup d’eau coula sous les ponts. Puis, en mars 2015, Julien Dubedout créa un Slack “Webeux” où beaucoup de confrères du métier se retrouvèrent pour échanger dans cet espace de discussion privée très à la mode. Pour ceux qui l’ignorent, Slack n’est rien d’autre qu’un IRC ou un tchat géant. Certes des sujets de la vie de tous les jours y étaient abordés mais c’était aussi un défouloir où fusaient des critiques à l’encontre de personnes qui n’y étaient pas présentes, et où les mêmes têtes de turc revenaient régulièrement dans la conversation. En clair, ce Slack était une gigantesque « cour de récréation” virtuelle.

Le temps passé à participer sur cet espace de discussion était tout simplement phénoménal, à tel point qu’il m’était apparu inconcevable que ce soit ces mêmes personnes de la boucle qui, quelques mois auparavant, n’avaient même pas une heure de leur temps à accorder pour dépoussiérer l’association Métiers Graphiques.

Mais, pis encore, certaines critiques allaient parfois à l’encontre de ceux qui, contrairement à eux, avaient décidé de continuer le combat pour la défense de nos droits. C’est ainsi que des membres de l’ANEC furent pris pour cible et subirent les foudres de certains éminents représentants du Slack Webeux. Je trouve que tirer à boulets rouges sur des confrères est totalement indigne de leur rang. D’autant que les membres de l’ANEC, quant à eux, ont décidé de se battre et de s’investir dans une juste cause.

Ces paroles blessantes étant revenues aux oreilles des membres de l’ANEC, leur réaction ne s’est pas faite attendre et je la trouve totalement justifiée. J’en profite d’ailleurs pour reprendre cette citation de Jules Claretie que je plussoie totalement :

Tout homme qui dirige, qui fait quelque chose, a contre lui ceux qui voudraient faire la même chose, ceux qui font précisément le contraire, et surtout la grande armée des gens d’autant plus sévères qu’ils ne font rien du tout.

Une communauté qui a comme une haute estime de soi

Ces critiques acerbes entre confrères sont particulièrement dommageables, non seulement pour les personnes qui les émettent – alors que celles-ci se revendiquent tels “des gardiens du temple” de la défense de nos droits – mais surtout pour ceux que cela concerne, allant jusqu’à risquer de détruire leur motivation à défendre nos métiers – alors que chacun sait très bien à quel point c’est un combat difficile – et atténuant l’impact de leurs actions auprès de nos confrères.

Je sais bien qu’en publiant cet article, je vais moi-même m’attirer les foudres de nombreux confrères mais qu’importe. Entre ceux qui font et ceux qui ne font rien – et qui en plus critiquent – mon camp est tout trouvé. Alors, avant de se lâcher et de balancer sur mon compte, j’implore mes confrères de prendre un peu de recul sur leur esprit de clan et de s’interroger objectivement pour savoir s’ils trouvent normal d’enfoncer des confrères qui partagent les mêmes valeurs et qui se battent pour défendre notre métier ? Ne serait-il pas normal de les encourager plutôt, du moins s’il n’est pas possible de les aider, et ce qu’importe qu’on se sente représenté ou non ?

Ce comportement immature à la sauce “gué-guerre des clans”, où chacun y va de sa salve de critiques désobligeantes, condescendantes voire même parfois insultantes, me désespère au plus haut point. Quand est-ce que les designers se comporteront en adultes et se ligueront face à leurs vrais ennemis au lieu de s’entre-déchirer sur de simples conflits d’égo ?

Ces chamailleries présentes au sein de nos diverses communautés, en partie dues au fait que nous sommes pour beaucoup d’entre nous des travailleurs indépendants, font beaucoup de tort à notre profession puisque rendant nos actions groupées très compliquées à mettre en place et à faire aboutir.

Je trouve tout cela d’autant plus stupide que je suis persuadé qu’une bonne discussion entre quatre yeux, en tête à tête, suivie d’une bonne bière, permettrait de s’entendre autour de valeurs que je sais communes.

Tout vient à point à qui sait se sortir les doigts…

Surtout que certains combats ne sont pas forcément vains, loin de là même. Et fort heureusement, d’ailleurs ! La récente sortie de la circulaire relative aux règles et aux bonnes pratiques en matière des marchés publics du design signée par Fleur Pellerin, Ministre de la Culture, en est la preuve. En effet, cette circulaire est une victoire pour toutes celles et ceux qui se sont impliqués dans ce combat, dont, entre autres, Kathleen Rousset et l’AFD.

Cette circulaire est une première pierre solide à l’édifice qu’il nous reste à bâtir pour éradiquer l’exploitation du travail gratuit de nos métiers créatifs. Encore faut-il, pour cela, que ce document officiel circule jusqu’à être transmis au maximum de professionnels et qu’il soit ensuite présenté face à tout appel d’offre ne respectant pas les nouvelles règles en vigueur, obligeant chaque participant à être rémunéré.

En d’autres termes, cette première victoire ne pourra vraiment en être une sans l’implication de chacun d’entre nous pour faire valoir nos droits par ce document officiel.

Désinvoltes faces

La question que je me pose depuis quelques mois c’est : “Est-ce que le design mérite d’être sauvé ?” Assurément, ma réponse est “oui”. Par contre, à la question “Est-ce que les designers méritent d’être sauvés ?”, je n’arrive pas à avoir d’avis tranché quant à la réponse.

Cette image d’un jeune designer – jeune par l’expérience – en train de scier la branche sur laquelle tous ses confrères sont assis,ne cesse de me hanter.

Tant qu’il y aura des designers – qu’ils soient débutants ou non – assez inconscients et/ou crédules pour travailler gratuitement, soit en participant aux plates-formes de perverted crowdsourcing, soit en acceptant de travailler pour un client en échange de visibilité, le designer ne pourra être sauvé de ses propres démons, à savoir le manque de confiance en lui et en la valeur ajoutée qu’il produit en sublimant les projets qui lui sont confiés.

Qu’importe que le marché soit si compliqué en ce moment, c’est justement dans de telles circonstances que nous devrions êtres solides et solidaires dans l’adversité. Mais, encore faudrait-il, pour cela, que les designers parviennent à s’entendre entre eux et arrivent à se structurer autour de valeurs communes. Tant qu’il y aura des clans et des conflits d’égo, nous serons incapables d’accoucher d’une charte commune, de la faire ratifier par un ministère, afin de préserver les métiers du design des dangers qui le guettent. En délaissant tous ces combats, par désinvolture ou par paresse, nous encourageons indirectement nos détracteurs et les divers exploiteurs à détruire petit à petit nos métiers.

Les vrais savent

Avant de conclure, je reconnais que les constats que j’ai dressés dans cette trilogie d’articles sur le design n’ont rien de réjouissant. Cette vision très personnelle de l’évolution de nos métiers en 2015 – bien qu’ayant permis à certains de mes confrères de s’y retrouver – n’est pas seulement une vision pessimiste de nos métiers mais un cri d’alarme pour déclencher une réflexion sur la façon dont nous souhaitons voir évoluer ceux-ci, mais aussi comment les défendre au mieux. Et s’il se dit qu’une personne pessimiste ne voit que des problèmes là où une personne optimiste ne voit que des solutions, je réponds simplement que ce n’est pas à moi d’apporter toutes les solutions, mais à chacun d’entre nous d’y participer, à son niveau.

La réputation qui m’a déjà été faite auparavant et qui me sera faite après parution de cet article ne m’importe plus désormais. La thérapie par l’écriture fonctionne toujours aussi bien. Et les proches qui me connaissent vraiment, certains confrères que j’ai pu rencontrés IRL ou ceux issus du “Cornet” – que j’embrasse au passage – savent que je suis plus un boute-en-train qu’un type déprimé ou pessimiste.

Je profite aussi de cet article pour présenter mes plus sincères excuses auprès de Vanessa Ilmany qui a pris très cher à la place d’un autre. J’espère que nous aurons un jour l’occasion de nous rencontrer – peut-être au détour d’une conférence – pour rétablir au moins une part de vérité, à défaut d’excuser mon emportement.

Le design, tu l’aimes ou tu le quittes

Pour conclure, je dois bien avouer que cette dernière année écoulée aura été particulièrement éprouvante pour moi, mais aussi pour mes proches, que ce soit d’un point de vue de l’implication et de l’énergie déployées dans les divers combats menés, mais aussi à cause de toutes ces tensions qui ont entachés l’action commune démarrée l’an dernier.

Mais, ce qui m’attriste le plus, c’est de voir que tout ce que nous avons entrepris l’an dernier n’aboutira jamais en grande partie à cause de l’inaction prônée par certains “gardiens du temple”. J’ose espérer que notre profession verra de nouvelles icônes reprendre le flambeau pour continuer de défendre nos métiers et qu’ils auront droit à plus de soutien de la part des confrères. À ce propos, j’aimerais remercier tout particulièrement Julien Moya pour son impressionnante dévotion à apporter une aide précieuse – pour ne pas dire vitale – à tous ces débutants en design, et ce depuis de si nombreuses années. J’apprécie d’autant plus la personne qu’il ne donne jamais l’impression de juger les gens qu’il consent à remettre sur de bons rails. Je suis sûr que nous aurions fait du bon travail ensemble si nous avions évolué au sein d’une même structure.

Au vu de tout ce qu’il s’est passé depuis un an, j’ai donc décidé de me mettre en retrait de tout cela, en commençant par rendre mon tablier d’administrateur du blog des Graphisteries, pour cesser d’être exposé aux critiques gratuites et afin de consacrer mon temps à d’autres projets plus personnels.

Et puisque j’ai amorcé mon départ du métier du design, il y a déjà 2 ans de cela, en me réorientant comme chargé en communication, je vais continuer dans cette voie et m’adonner à cette passion qu’est l’écriture, que j’entretiens depuis de nombreuses années mais que je n’exploitais pas jusqu’à présent. C’est aussi pour toutes ces raisons que mon prochain portfolio, prévu avant la fin de l’année, verra mon positionnement évoluer en fonction de mes nouvelles envies.

Prenez soin de vous & de vos proches. Bonnes vacances à toutes et à tous.

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Il y'a 20 réactions à cet article
  1. 21 juillet 2015

    Salut,

    En tant que ton Némésis (unilatéralement ?) déclaré je me permets cette petite remarque : je suis d’accord avec ton constat sur la difficulté à mobiliser les « troupes » autour de causes communes et avec le fait que le soufflet dont tu parles ici (la bataille Lemaire) est retombé. Par contre j’aimerais rappeler à titre informatif que ce n’est absolument pas la première fois qu’un soufflet de ce genre retombe, l’association des Métiers Graphiques a connu le même sort il y a des années maintenant, Briefing Room également, le Kit de Survie aussi, CFSL idem, 1dCafé pareil… c’est la loi des entreprises bénévoles.

    Tout ça pour dire que je pense que tu te trompes de cible ici. L’associatif, pour en avoir fait pas mal, est par essence pachydermique en terme d’inertie, les meilleurs amis du monde mettent parfois des années à accoucher d’un projet microscopique. Et des échecs, il y en a bien plus souvent que des réussites (ils sont juste moins visibles). Ça ne veut pas dire pour autant qu’on est tous ennemis, que c’est désespéré ou qu’il ne faut plus rien faire.

    Après oui, les querelles de personnes existent. Les gens qui bitchent en privé aussi. Ça n’est pas nouveau et pas l’exclusivité du Slack dont tu parles. Et à titre personnel, au cas où il serait nécessaire de le rappeler, je ne suis en guerre contre personne (je suis juste un peu *hautain*)…

    • 21 juillet 2015

      Merci Christophe pour ce commentaire aussi inattendu qu’agréable à lire. Mon « optimisme » continue de me faire croire que, comme le dit justement Sébastien Drouin, « à cœur vaillant, rien d’impossible ». Et ce n’est pas se tromper de cible que d’avouer que nous avons failli.
      Point de Némésis mais plutôt l’espoir qu’un jour nous pourrons partager ensemble une bonne bière (voire plusieurs).

  2. 21 juillet 2015

    Je ne peux qu’approuver – une fois encore – ton discours Philippe., et ça sans rien avoir à y ajouter. Également, merci d’avoir pris ma défense :)

    @STPo : Pour avoir aussi fait pas mal d’associatif, dont la Jeune Chambre Économique (mouvement citoyen de jeunes de 18 à 40 ans), je suis d’un autre avis que toi. J’ai vu des projets grandioses et formidables être réalisés en l’espace d’un ou deux ans en partant de zéro. J’ai moi-même participé à 8 projet de ce genre dont un que j’ai piloté : tout est une question d’organisation, de motivation et de savoir fédérer les gens.
    Oui, il y a beaucoup d’échecs pour atteindre une seule réussite, et oui, l’associatif est souvent à la traine. Mais à mon sens, c’est parce qu’il est souvent composé de personnes qui se dise « oh mais attend, on est une asso, pas au boulot, on a le temps », ou « ah mais on sait pas faire ça nous », ou encore « mince, on a un problème » (sans chercher de solution).

    A la Jeune Chambre, j’ai vu des personnes timides devenir de très bons orateurs, des personnes ne connaissant rien à la gestion projet devenir directeurs de commission, des personnes détestant le taf commercial allez demander (et obtenir) auprès des entreprises et institutions des enveloppes de 5 000 à 10 000 euros pour financer un projet. Du coup, je ne peux pas accepter le fait que c’est « normal ». Les retombés de soufflets sont courants, oui, mais pas « normal » d’après moi.

    Je vois le travail que nous avons accompli à l’ANEC en l’espace d’un an et demi – tandis que plusieurs nous prenaient pour des clowns – et je suis convaincu qu’à cœur vaillant, « rien d’impossible » :)

    • 21 juillet 2015

      Euh, mais j’ai jamais dit le contraire moi, j’ai fait des bouquins et des tournées dans les Balkans grâce à l’associatif, je suis persuadé qu’on peut faire plein de trucs avec, je dis juste que ce qui est arrivé avec le soufflet Lemaire est banal. :)

  3. 21 juillet 2015

    Phil, je comprends ton constat personnel mais assez réaliste sur pas mal de points de la situation des créatifs et des interactions entre « communautés » connectées.
    Pour moi, de toute façon, cela se retrouverait dans n’importe quel autre groupe / communauté , sur n’importe quelle autre thématique.
    Par contre je pense personnellement que c’est exacerbé par le net ; l’instantanéité de l’écrit et de son gravage dans le marbre, l’immortalité et les interprétations personnelles des mots écrits, le fait qu’on y sente pas le ton je pense sont les principes de base qui font que ça part immédiatement en vrille…
    Après les affinités des uns avec les autres, les tensions, ça vient & ça repart. On a aussi de très bon exemples de retournement positif :-)
    Sur le fond je te rejoins sur certains constats (mobilisation des uns et des autres) après sur la forme de ton article je suis pas fan de l’ensemble et notamment certains screen shots + nommages de personnes, mais ça reste un avis personnel.
    Après on est libre de s’exprimer et j’avoue que le faire comme ça en public a le mérite d’être couillu .
    Je suis pas sûr que cela soit constructif, ni même efficace non plus mais je suis pas sûr que c’était l’objectif au final. :-)

    • 21 juillet 2015

      Salut Julien et merci pour ton commentaire dont je rejoins les grandes lignes.
      Si mon article peut te paraître « couillu » de prime abord, il comporte aussi une grande part de lâcheté, puisque je n’ai trouvé que l’écriture pour épancher mes états d’âme et que, quoi qu’il arrive, j’ai pris la décision de me retirer de la vie « internetistique » pendant un certain temps.
      Enfin, concernant les screens, je ne te cache pas que j’ai beaucoup hésité à les publier, et ce même jusqu’au dernier moment. La balance a finalement penché pour la divulgation de ceux-ci car j’estimais que certains masques devaient tomber. Mais, je te rassure, à terme, ils seront retirés du site.

  4. 21 juillet 2015

    Bonjour,

    Même si je n’y suis cité qu’en des termes très élogieux (merci au passage), et que je n’ai donc aucune raison de me sentir visé par le contenu de ce post, je vais malgré tout tenter d’y répondre, sur le fond comme sur la forme. Au passage, ça me permettra de faire un petit débrief sur la situation de la mobilisation post-réunion ministérielle.

    De façon globale, je suis plutôt d’accord avec STPo, et je pense que d’un constat global pertinent, tu verses ensuite dans des considérations personnelles et pas mal hors-sujet.

    Je pense que personne ici ne peut nier le fait qu’on a raté une bonne occasion d’avancer significativement au lendemain de la pétition travailgratuit.com et du rendez-vous au Ministère de l’Économie, que cet évènement aurait pu et dû être suivi d’une nouvelle dynamique pour l’association Métiers Graphiques, et qu’on a pêché par manque général de motivation, ce qui est fort dommage.
    Néanmoins le jugement que tu apportes sur ces évènements et/ou sur l’association me semblent très personnels, et en tout cas sujet à caution. Voici mes explications à moi :

    D’une part, je pense que la difficulté de motiver sur le long terme des personnes bénévoles existe quel que soit le secteur. C’est le problème (et le destin) de la plupart des associations, toutes catégories confondues. Pour une asso qui « marche », 50 autres n’auront jamais dépassé le cap des réunions sans lendemain. Ce qui s’est passé à MG s’est déjà passé des milliers de fois ailleurs, malgré la bonne volonté de tout le monde.
    Contrairement à toi, je pense que pour animer une association et la faire grandir, il ne faut pas seulement une « base » motivée d’adhérents, mais avant tout quelques leaders très volontaires. Ce n’est peut-être pas la façon générale de voir les choses mais c’est ce que j’ai pour ma part constaté : Il faut qu’une, deux ou trois personnes se bougent le cul un grand coup et réalisent une mobilisation presque clé en main pour que les autres les rejoignent et fassent grossir la dynamique. C’est exactement ce qui s’est passé avec la pétition par exemple. Je ne le reproche à personne du reste, tant il me semble évident que les choses fonctionnent ainsi. Mais je le constate c’est tout.

    Or dans le cas qui nous intéresse qui sont ces leaders potentiels ? Quelques salariés mais surtout par définition des freelances, avec pas mal de bouteille, plutôt établis (pour être crédibles et influents), et donc avec un carnet de commande bien remplis. Des gens qui ne disposent pas forcément d’un max de temps libre et qui lorsqu’ils en ont préfèrent souvent le passer avec leur famille ou à se détendre tout simplement.
    Je parle évidemment un peu de moi mais aussi de pas mal d’autres personnes qui sont impliquées depuis le départ dans le Kit de Survie, la pétition, les communautés que tu as citées, etc. Oui en effet, tu as parlé d’autres freelances qui ont réussi à monter d’autres structures (comme l’ANEC) et je les félicite chaudement pour ça. Néanmoins c’est sur le long terme que les difficultés se présentent, et si j’espère qu’ils ne suivront pas le même destin que « nous », rien ne permet de savoir ce qu’il en sera dans 5 ans (MG quant à elle je le rappelle, existait déjà des années avant la pétition). Voici un premier VRAI facteur de difficulté.

    Un second facteur plus spécifique est relatif à notre pays. La France compte l’un des pourcentages de syndiqués les plus faibles d’Europe (voir même le plus faible ?). Le regroupement « à l’ancienne » dans les sphères professionnelles n’est pas un réflexe chez nous, et encore moins chez les indépendants, qui sont par nature… indépendants.
    Cela ne veut pas dire que la mobilisation n’existe plus. Comme l’avait très justement fait remarqué Baptiste Fluzin, présent à la réunion lorsqu’ Axelle Lemaire nous avait reproché de ne pas être une association identifiable par les acteurs institutionnels, l’expression de la revendication est depuis une dizaine d’année en train de changer radicalement de forme. Sous l’impulsion des réseaux sociaux, on passe d’une structure pyramidale et institutionnelle à une succession de mobilisations éclair et informelles qui disparaissent une fois l’objectif atteint.
    Je trouve cette évolution intéressante, mais l’État lui nous a assez bien fait comprendre qu’il n’avait pas l’intention d’en tenir compte. Pour lui, il faut un groupe identifié pour discuter, sinon rien. C’est texto ce que nous ont dit les conseillers d’A. Lemaire après la réunion.
    Est-ce une façon « sage » de voir la politique, ou une façon pour nos représentants d’écarter de facto une part importante de la revendication populaire ? Je ne sais pas, mais je sais que cette idée comme quoi il faudra forcément s’organiser en structures régies par une loi et des principes datant de 1901 pour être écouté a tendance à me refroidir, et je me dis que ça doit aussi en refroidir d’autres.
    Du coup, les lendemains de la réunion étaient à la fois motivants, et même temps décourageants pour ceux (dont je fais partie) qui rêvent d’une forme de combat plus horizontale et immédiate. Si ça a joué pour moi, ça a pu jouer pour d’autres.

    Et il y a encore d’autres facteurs de difficulté, dont tu as d’ailleurs parlé : le manque de formation aux défis de l’entreprise dans les filières graphiques, l’explosion des effectifs corolaire à une grande jeunesse des créatifs, pas forcément eux-mêmes déjà conscient des enjeux qui secouent leur secteur, etc…

    TOUT CA POUR DIRE, donc, que parmi toutes les raisons pouvant expliquer la difficulté de mobiliser dans le monde des créatifs, celle des chamailleries personnelles est sans aucun doute la moindre.
    Et c’est là, quand tu te mets à parler du Slack, à publier des conversations privées pour tenter d’en faire des exemples généraux, à nous expliquer que ce serait à cause d’un « mauvais esprit » général que tu as perdu ta motivation, que tu quittes le domaine de l’analyse pour tomber dans celui de la pleurnicherie, sauf ton respect.

    Je vais te dire un truc : depuis 15 ans que je suis actif sur les réseaux et ailleurs, à m’opposer frontalement à des boîtes peu scrupuleuses, à intervenir dans des écoles, et surtout à donner encore et toujours les mêmes conseils – parfois difficiles à entendre – à des jeunes et moins jeunes mal orientés ou mal renseignés, je me suis fait rembarrer, remettre en question et même insulter un nombre incalculable de fois, et en l’occurrence, bien plus souvent que toi.
    Les gens à qui je parle ne prennent pas tout ce que je dis pour argent comptant, moin de là (et c’est normal). J’ai été accusé – et je le suis encore régulièrement – d’avoir perdu le sens des réalités, de donner des conseils « faciles » du haut de mon piédestal de mec qui a plein de clients, de confondre théorie et pratique, voire même de faire de la désinformation criminelle (sic). Ces accusations ne sont pas venues de nulle part, mais de confrères, qui pour la plupart ont oublié que j’ai débuté moi aussi et que si je parle de tout ça c’est parce que je suis parti de zéro et que je l’ai bel et bien vécu avant eux.
    Si j’avais dû m’arrêter la première fois que 3 ou 4 gars se réunissaient quelque part pour bitcher sur ma gueule, je n’aurais participé à AUCUNE de ces initiatives dont tu parles dans ton billet. Mais non, j’ai assimilé qu’on n’était pas forcément tous d’accord, que les incompatibilités personnelles étaient monnaie courante dans n’importe quel secteur, et que dès lors qu’on prend la parole pour diffuser un discours plus ou moins radical, on ne mettrait jamais tout le monde d’accord.
    C’est marrant d’ailleurs, parce que tu copies dans ton article une citation de Jules Claretie qui explique ça très bien, mais là où moi je l’ai intégrée depuis longtemps en décidant de régler ce genre de bisbille en privé (ou plus souvent en n’en ayant rien à foutre), toi tu décides de laver ton linge sale en public et d’aller bouder dans ton coin. Est-ce vraiment une attitude moins critiquable que celles que tu décris ? Dans ton schéma du coup, où te places-tu ? Du côté de ceux qui font ou de ceux qui parlent ?

    Qu’on soit clairs : Ni moi ni toi ne sommes des victimes. Par exemple, il n’est de secret pour personne que je me permets moi-même d’être critique – voire parfois virulent – envers certains acteurs de notre profession (par exemple l’AFD, avec qui je n’ai vraiment pas d’atomes crochus) et que je l’assume. Est-ce que je fais preuve d’une énergie destructrice en faisant ça, ou est-ce qu’on n’est pas tout simplement dans le domaine d’un débat inévitable ? De la même manière que j’accepte qu’on me critique, il me semble logique d’avoir ce droit moi aussi, et je ne pense pas que l’appliquer soit forcément, par essence, une mauvaise chose.
    Je te rappelle d’ailleurs que malgré le manque d’affinités évident entre certains des acteurs présents à la réunion au ministère, nous avons a peu près tous réussi à ranger nos critiques le moment venu et à faire front commun autour de nos valeurs communes. Je pense donc que les divergences de point-de-vue ne sont certainement pas une cause suffisante à l’échec de la mobilisation.

    Quant à ton expérience sur le Slack, je ne vais pas épiloguer 107 ans dessus car ça n’a donc aucun intérêt. Tout juste te ferais-je remarquer que quand on déboule dans une communauté (même petite comme celle-ci) et qu’on se fait finalement rejeter par tout le monde ou presque, il y a toujours deux façons de voir les choses : tous les autres sont des connards… ou alors on a pas franchement compris comment le groupe fonctionne et on y a eu un comportement inadapté. Dans ton cas, la façon dont tu as pris au sérieux certaines choses qui se sont passées sur un canal qui n’est ni plus ni moins, et ce dès le départ, qu’un espace de détente où tout le monde se vanne pour passer le temps me fait pencher pour la seconde hypothèse. En tout état de cause, je me suis déjà méchamment embrouillé avec 3 ou 4 des inscrits de ce slack, et même avec son fondateur, et pourtant 3 heures plus tard on n’en parlait plus. Toi, tu t’es tout de même mis à menacer des gens physiquement. Et des semaines après ton exclusion, tu continues à publier des bouts de conversation privés pour relancer la machine et t’étonner après ça que les gens reparlent de toi en mal. On en pense ce qu’on veut… mais TA façon de réagir a sûrement un minimum à voir aussi avec la situation qu’on connait. Peut-être devrais-tu avoir l’honnêteté de l’admettre.

    BREF, deux choses : D’une part un constat difficile pour la communauté qui peine à mobiliser dans un climat général et un contexte particulier qui tous les deux ne sont certes pas favorables à la mobilisation, et d’autre part des chamailleries personnelles qui n’ont absolument rien à voir avec tout ça. Autant je te suis sur la première partie, un sujet important qui mérite débat et réflexion, autant tu te fourvoies sur la seconde, qui me semble bien plus motivée par une certaine rancœur – voir un justement souci d’égo puisque tu en parles – que par un attachement au bien commun.
    Je te l’ai de toute façon déjà dit donc ce ne sera pas une surprise : Tu gagnerais à laisser pisser ce qui n’a aucune importance et à arrêter de monter en épingle une mauvaise expérience comme il en arrive à tout le monde sur Internet ou ailleurs. Si tu veux vraiment continuer d’apporter ta pierre à l’édifice de la défense des créatifs en France, commence surtout par te blinder un peu plus et à apprendre à te focaliser sur ce qui compte.

    A +

    • 13 septembre 2015

      Bonjour Julien, certes tardivement, je te remercie pour ta contribution qui a le mérite d’apporter des précisions importantes quant à ce que j’ai essayé d’expliquer dans cette 3e partie, clôturant ce que je considère, pour ma part, comme un état des lieux “personnel” du design en 2015.

      D’ailleurs, j’en profite pour rappeler – bien que ce soit mentionné dès l’introduction – que cet article (tout comme les 2 précédents) n’est qu’un point de vue personnel donc, quelque part, c’est normal si, par moments, je rentre dans des considérations personnelles. Ce que je raconte est ma vérité, telle que je l’ai perçue au travers des évènements que j’ai vécus ou observés, et ce en fonction de ma propre expérience. Je n’ai pas l’intention de rentrer dans un débat philosophique sur la Vérité mais, pour résumer ma pensée, je crois en une Vérité à la croisée des vérités de chacun.

      Pour en revenir au sujet, j’ai quand même l’impression que nous soyons plutôt d’accord sur une grande majorité des points que j’ai pu soulever durant ces 3 articles, d’où, certainement, une part d’explication de cette envie commune de “changer d’air”.

      Contrairement à ce que tu as pu interpréter de mon texte, je pense aussi que ce sont surtout quelques locomotives qui font avancer les associations, même si un premier cercle d’adhérents et de soutiens indéfectibles est également nécessaire. C’est d’ailleurs ce que je t’avais dit en sortant de la réunion à Bercy, lorsque nous étions à table : si les “figures de proues” donnent l’impulsion, le reste suivra. C’est exactement ce qu’il s’est passé avec la lettre ouverte et que tu rappelles très justement dans ton commentaire.

      Pour connaître également le milieu associatif, je suis conscient que la tenue d’une association est compliquée, essentiellement sur le long terme. En aucun cas, mon article n’a pour but d’affirmer que cela aurait été facile. Ce que je sais c’est que la dynamique engendrée par la lettre ouverte et la rencontre à Bercy a été très certainement la meilleure occasion d’enclencher un mouvement fédérateur pour les métiers créatifs en France et de faire bloc avec les autres mouvements en cours. Sauf que nous avons loupé le coche. Tu sembles aussi le reconnaître et c’est exactement ce que je déplore et regrette ici.

      Pourtant, une association est le meilleur moyen de défense des intérêts d’un ensemble de personnes. C’est aussi un signe de maturité, contrairement aux mouvements soudains des réseaux sociaux, dont les revendications dérivent parfois en paroles excessives ou insultes à l’encontre des personnes visées. C’est d’ailleurs ce qu’Axelle Lemaire nous a expliqué dès le début de la réunion. Personnellement, je peux comprendre cette préférence entre dialoguer avec une association dont les revendications sont réfléchies et intelligibles ou des centaines de gens “en colère” se lâchant allègrement sur les réseaux sociaux .

      Relancer l’association aurait donc permis d’établir clairement des revendications communes, de définir les axes à suivre et de proposer des actions à venir. Et puis, ce n’est pas parce qu’une association aurait éclos que des actions ponctuelles via les réseaux sociaux n’auraient pas été possibles, bien au contraire. A ceci près qu’elles auraient certainement pu être mieux canalisées pour être plus efficaces. En cela, et toujours à l’instar de la lettre ouverte, un grand nombre de personnes auraient certainement pu s’y retrouver et, si nous étions allés jusqu’au bout de notre idée, cette association aurait pu être participative afin d’impliquer un maximum de personnes et de la régénérer de l’intérieur..

      Aux lendemains de la réunion à Bercy, le travail qui nous attendait était certes conséquent mais nullement insurmontable, surtout quand on est habité par cette volonté de saisir une opportunité jusqu’alors inédite et cet espoir d’amélioration de nos métiers. En fait, le travail qui nous attendait après Bercy était une activité à laquelle tu t’attelles presque tous les jours et dans laquelle tu excelles. D’ailleurs, tu en fais régulièrement la démonstration sur Kob One (et pas seulement), à savoir : exprimer des idées, convaincre, prévenir, guider, aider… Le gros du travail aurait surtout consisté dans la reprise de ce qui était déjà présent sur le forum Kob One, dans le kit de survie et sur certains blogs pour le rassembler et le réorganiser proprement en un seul lieu, sous l’entité commune de l’association.

      Quoi qu’il en soit, dans les semaines qui ont suivies la réunion à Bercy, il y avait ceux qui avaient envie de capitaliser sur la dynamique et ceux dont le manque de motivation était palpable. C’est justement ce que je déplore ici : ce sont les mêmes personnes dont l’implication aura été très limitée avant la réunion – contrairement à ce qu’ils pouvaient laisser paraître de l’extérieur – qui auront réussi à saborder le mouvement de l’intérieur, par leur inaction.

      Les raisons que tu donnes pour expliquer – ou excuser – la tournure des évènements peuvent s’entendre mais, ne nous leurrons pas, ce ne sont pas ces raisons qui sont vraiment à l’origine de ce “flop”. Et là où tu m’accuses de tomber dans des considérations personnelles, je peux te renvoyer la pareille en te reprochant d’avoir un jugement perverti du fait de ta proche amitié avec les personnes que je vise.

      C’est bien connu : ce sont ceux qui en parle le plus – ou ceux qui se la racontent le plus – qui en font le moins. Pour autant, de leur inaction aurait pu naître une quelconque forme de soutien envers ceux qui refusaient de rester les bras croisés à ne rien faire. Mais il n’en fut rien. De leur inaction est née seulement la critique et la raillerie. C’est cette vaste fumisterie que je dénonce après l’avoir constatée quelques mois plus tard sur Slack. Quant à mon attitude en ce lieu, elle n’aura été qu’à la hauteur de l’imposture que j’y ai découverte et de la déception ressentie.

      Je persiste et signe. Le paysage du design français aurait beaucoup à y gagner s’il tendait les bras à ceux dont les actions sont louables – même si pas toujours parfaites – plutôt que de céder à la critique facile, le plus souvent pour amuser la galerie. Si pour toi ce que tu appelles des “chamailleries” ne sont que secondaires, je crois vraiment que ces “guerres de clans” ont leur part de responsabilité dans la difficulté d’ériger une ligne de défense commune à nos métiers. Et toi-même tu sais mieux que quiconque qu’il ne suffit pas de rassembler sur son site 9 liens pointant vers des associations pour fédérer les divers acteurs de la défense de nos métiers.

      Si tu te félicites que beaucoup aient réussi à aller au-delà de leurs divergences d’opinion pour se rassembler sous un même texte (à savoir la lettre ouverte), qu’en est-il des espoirs que ces personnes ont placés en nous et de l’héritage que nous pouvons leur laisser ? Cet article donne une part de réponse, du moins la mienne. A chacun maintenant d’assumer la responsabilité de ses propres choix.

      Pour finir, ce n’est pas tant une question de laver son linge sale en public mais un profond désarroi que j’exprime ici. C’est d’ailleurs ce que j’ai essayé d’extérioriser dans ces 3 articles et qui va bien au-delà d’une simple réaction d’enfant boudant dans son coin.

      • 14 septembre 2015

        Tu es sur ton blog et y écris donc ce que bon te semble, c’est le jeu. Personnellement, contrairement à tes autres lecteurs j’étais présent sur le Slack où tout « ça » est arrivé. Même si je n’ai pas pris part aux disputes (d’un côté comme de l’autre), je sais ce que j’y ai vu et lu, et effectivement nous n’avons pas la même vision de la réalité des actions de chacun, y compris des tiennes. Tu persistes et signes sur ton avis, moi aussi. Bonne continuation.

        • 14 septembre 2015

          Je ne te cache pas que je suis surpris de ta réponse, le sujet principal étant la défense de nos métiers, la responsabilité de chacun dans l’état actuel des choses, l’après Axelle Lemaire et les raisons qui ont fait que, justement, il n’y ait pas vraiment eu d’après Axelle Lemaire.
          Du coup, le fait que tu ramènes la discussion encore sur Slack me chagrine un peu, non pas que je n’ai pas envie d’en parler ou d’avouer mes torts sur ce qu’il a pu arriver, mais je pense que ce n’est pas vraiment le fond du sujet.
          Néanmoins, si tu considères que c’est un sujet important, sache que j’ai déjà envoyé un mail au principal intéressé demandant quelques explications. Si ça te dit, je t’autorise à lui rappeler que j’attend encore sa réponse, depuis le mois de mai…
          Bonne continuation à toi aussi :)

  5. 21 juillet 2015

    Merci pour ton article.
    Pour avoir suivi ces réunions de l’extérieur, c’est très intéressant de voir comment ça a pu être ressenti de l’intérieur.
    Je partage plutôt pas mal ton questionnement sur « les designers méritent-ils d’être sauvés ? »
    Bonne continuation pour la suite et bon courage pour cette nouvelle aventure qui t’attend.

  6. 22 juillet 2015

    Tes 3 articles sont intéressants même si je trouve le « on va tous mourir » très excessif.
    D’abord, il me semble que si le design graphique est victime de quelque chose, c’est de son succès. Tout le monde veut être graphiste, tout le monde veut son logo (pas cher), un beau fond d’écran, un joli site : tout le monde veut du design graphique dans sa vie.
    Ca me rappelle un livre d’Yves Michaud, l’Art à l’état gazeux, dans lequel il dit que l’on croit à la fin de l’Art tout simplement parce que celui-ci a changé de nature. Selon lui il s’est diffusé partout, il est « à l’état gazeux ».
    Le design graphique aussi, est à l’état gazeux. Les designers ont tellement bien fait leur boulot que tout le monde veut du design, tout le monde veut en faire.
    Selon toi, le fait que tout le monde sache lire et écrire est un problème pour les écrivains ou au contraire une chance ?
    En étant moins isolé, le designer est davantage contesté. On ne peut avoir l’un sans l’autre.

    Pour ce qui est de la fédération des bonnes volonté pour changer le métier de designer, je pense que si tu étais passé par le cursus école d’art, tu verrais les choses autrement. La concurrence entre étudiants (sous des dehors bon esprit, entraide et bonne ambiance) y est assez rude. Chacun voit et juge (voire démolit) les travaux des autres, ce qui, au final, crée certes de l’émulation, mais aussi un réflexe assez malsain d’isolement et de compétition où n’est jamais gagnant celui qui cherche à relativiser les avis tranchés ou à fédérer sur des projets collectifs. J’ai retrouvé cela dans de nombreuses boîtes où les jugements sur le travail des autres graphistes pouvait être extrêmement sévère et où la concurrence dans le but de récupérer les meilleurs projets était carrément malsaine (ce n’est pas toujours le cas, note bien). Donc solidarité, non, il n’y en a pas, c’est ainsi et c’est la conséquence d’un boulot ou tout le monde peut voir ce que tu fais, de la secrétaire au DG, en deux clics.
    J’ai été délégué du personnel dans une (petite) agence, j’ai pleuré du sang et ce n’est pas des graphistes que j’ai reçu le plus de soutien. Alors des graphistes indépendant, imagine-toi bien qu’ils sont à des kilomètres de se bouger le cul pour ça (sauf si ça permet d’augmenter leur audience et donc leur clientèle potentielle, mais bon au bout d’un moment c’est pas non plus trop bon pour le business).

    Moi, comme graphiste indépendant, je me considère avant tout comme un chef d’entreprise qui doit faire tourner son business. Ma priorité numéro 1 c’est gagner suffisamment d’argent pour me nourrir ainsi que mes gosses, même si je dois faire des conneries en flat et amincir des nanas de 40 kilos (j’ai quand même mes limites, mais elles sont rarement atteintes). Mais je sais très bien que cette donnée là, naturellement assez obsessionnelle, m’empêche de voir le plan large dans lequel il faut se battre à plusieurs pour que le métier évolue dans le « bon » sens. En tout cas j’admire très sincèrement ceux qui y parviennent.

    Bref, merci de créer le débat car si quelque chose est bien inutile dans ce cas de figure c’est le silence.

    • 22 juillet 2015

      « Donc solidarité, non, il n’y en a pas, c’est ainsi […] Alors des graphistes indépendant, imagine-toi bien qu’ils sont à des kilomètres de se bouger le cul pour ça (sauf si ça permet d’augmenter leur audience et donc leur clientèle potentielle, mais bon au bout d’un moment c’est pas non plus trop bon pour le business). »

      >> Les nombreux graphistes qui s’agitent chaque jour depuis des années sur les communautés, les blogs, les réseaux sociaux, dans des conférences, pour essayer de transmettre leur connaissance du secteur et de bons conseils à ceux qui débutent apprécieront.

      Je pense que ton jugement est erroné. Tu confonds manque de motivation revendicative ou défiance envers les fédérations, et manque de solidarité.
      Après 15 ans dans le secteur et des centaines de rencontres, je ne crois pas une seule seconde que les graphistes et designers soient plus particulièrement individualistes que dans n’importe quel autre métier contemporain, et d’ailleurs nombreux sont ceux d’entre nous qui ne sont pas passés par ces fameuses écoles d’art. Si individualisme il y a (et c’est le cas oui, j’en parlais plus haut), il est générationnel et concerne donc tous les secteurs, mais c’est un autre sujet. En réalité pour qui veut bien s’en donner la peine, il n’est rien de plus facile que de rassembler et rencontrer des confrères dans n’importe quelle ville de France autour d’un verre ou d’un rétroprojecteur pour s’échanger avis, expertises, tuyaux et contacts. Testé et approuvé.

      Tout ça me fait penser à ces gens qui viennent sur les forums en posant des questions de tarifs et qui, quand ils ne reçoivent pas de réponses toutes faites parce que c’est un domaine avant tout compliqué, en concluent que l’argent est « tabou », alors que dans le sujet juste à côté tout le monde parle de ses revenus sans la moindre réserve.

      Bref, je trouve ça à peu près aussi réaliste que d’entendre comme l’explique Philippe que nous ne serions qu’une bande de malfaisants déchirés par nos querelles internes. C’est parfaitement faux. Je suis le premier à rappeler aux créatifs qu’ils sont les premiers responsables de leur environnement professionnel et que nombreux sont les « défauts » de notre corporation (le dilettantisme en affaires n’en étant pas le moindre), mais noircir artificiellement le tableaux en s’affublant de tares fantasmées n’est rien de moins que contre-productif.

      Mal formés, mal préparés, pas assez responsabilisés, un peu perdus face à un marché du travail qui ne ressemble plus à rien et encore plus avec les principes de la mobilisation de groupe, les graphistes français sont tout ça, c’est vrai. Mais haineux ou égoïstes au-delà de la moyenne, je ne crois pas… :)

      • 23 juillet 2015

        Je ne pense pas que LES graphistes soient égoïstes pas essence, je pense qu’UNE PARTIE IMPORTANTE des graphistes voit dans la concurrence un élément consubstantiel à leur activité (ils se trompent àmha). La crise (même s’il faut s’entendre sur le mot) que traverse le secteur ne fait rien pour y remédier. Tout au moins le fait qu’un vieux graphiste a vu au moins une dizaine d’agence fermer dans sa vie.
        Tu peux y ajouter la difficulté de s’imposer en agence (en indé c’est pire), le fait que dans ces mêmes agences ou en indé l’appel d’offre soit une pratique de compétition habituelle dans lequel le graphiste a une grande part de responsabilité et le fait que l’on puisse comparer facilement les travaux des uns et des autres. Tout cela contribue grandement, je le pense, au fait qu’il ne soit pas naturel (je n’ai pas dit impossible) pour les graphistes de se fédérer en vue de faire évoluer leur profession.
        Le « book », c’est quand même un drôle d’attribut professionnel, non ? Même les graphistes salariés en ont un… Et en ligne… Lis les commentaires sur Behance : « Awesome work ! Check my portfolio ! ». Et Dribbble : « Regardez tout le monde ! J’ai fait un joli zigouigoui en flat ! » Tu ne trouves pas ça un peu étrange comme comportement ?
        Encore une fois, j’insiste, cela m’apparaît plus comme une déformation professionnelle que comme un comportement de base des individus qui peuplent cette belle profession.
        Je juge (et « fantasme », donc) sur mon expérience, certes, mais il me semble que de ton côté tu juges sur la tienne. Elle est apparemment vaste, mais une partie de ce que tu dénonces régulièrement sur twitter et les forums (notamment une forme d’exploitation de la « passion » ou des bonnes volontés par les clients/agences/creads…) trouve peut-être sa source dans ce réflexe d’individualisme qui n’apparaît pas forcément sur les forums ou dans les rencontres « autour d’un verre ou d’un rétroprojecteur ». Quand tu vois que, dans le monde médical, les étudiants en médecine se détournent progressivement du libéral, il est tout de même étonnant que le phénomène inverse se produise dans le design graphique (alors qu’il est beaucoup plus incertain pour un graphiste de se mettre à son compte que pour un médecin…), non ?
        On pourrait sans doute épiloguer longtemps sur le fait qu’un graphiste a un pied dans la création artistique (oui, j’ose le mot !), et un autre dans l’expression la plus débridée et cynique du capitalisme. Tu résumes cela en parlant de « dilettantisme en affaires ». La métaphysique du graphiste, le « qui suis-je ? » est pour moi rempli de ces contradictions sur la résolution desquelles tu fais, je dois le dire, un travail remarquable, mais qui pour moi ne sont pas là d’être conciliées et qui occasionne(ro)nt des débats sans fin.
        Quant à noircir le tableau, crois-moi, j’ai passé l’âge, je suis même bien plus modéré qu’avant. L’absence de solidarité je l’ai aussi vécu, je ne l’ai pas fantasmé. Je me suis longtemps énervé, je me suis engagé comme dit plus haut, en école et en entreprise, j’ai même démissionné deux fois par esprit de révolte. Je me suis notamment énervé contre la technicisation du métier, contre l’allégeance complaisante de bien des graphistes au bullshit des « nouvelles technologies » et aux « tendances incontournables », contre la volonté d’automatiser nos métiers, de les faire passer pour une simple expertise aux dépens de choses effrayantes que sont la sensibilité, l’humour, l’imaginaire ou la poésie. Des trucs qui font rigoler les contrôleurs de gestion et aujourd’hui pas mal de graphistes.

        Cala dit c’est sympa (et utile ?) de débattre.

        Ah oui faut que je termine par un smiley sinon je vais vraiment passer pour un méchant -> :)

        • Kins
          23 juillet 2015

          « Bref, je trouve ça à peu près aussi réaliste que d’entendre comme l’explique Philippe que nous ne serions qu’une bande de malfaisants déchirés par nos querelles internes. C’est parfaitement faux.  »

          Non en fait pour ça il a raison dans une moindre mesure… Il faut toujours que conseils, participations, et discussions finissent en disputailles idiotes. Si cela est vrai sur le web (bien souvent car le web est un moyen de déstresser et d’être caché, ce qui entraîne un grossissement des traits, trolls, joueurs de pieds), je ne peux pas m’avancer dans IRL.

          Je pense que le fait qu’on en bave (ou on en a bavé) dans nos métiers et qu’on est souvent mis en compétition explique aussi un peu cela.

          Maintenant pour ce qui est de la solidarité, je pense qu’elle est fluctuante d’un graphiste à l’autre et suivant qui il faut aider… mais je reste persuadé qu’il est plus facile d’aider quand on est serein niveau entreprise – travail (quand ça marche super bien pour soi) que quand on commence ou que l’on est dans la caca.

          D’ailleurs, ceux que je vois partager et aider le plus facilement sont bien souvent des employés plutôt que des freelances.

          ATTENTION, il y a toujours des exceptions! Mais elles sont rares.

        • 23 juillet 2015

          Noël > Merci pour tes explications. Je ne conteste rien de ce que tu as pu vivre et voir, je dis juste que selon moi ça n’est pas pire dans le monde des graphistes qu’ailleurs, et que je trouve même ce milieu, contrairement à toi, plus solidaire que pas mal d’autres, même si l’époque fait que oui bien-sûr ça pourrait être mieux. En d’autres termes je trouvais injuste la partie de ton commentaire que j’ai citée.

          Après c’est mon avis, on est pas obligé d’être d’accord évidemment, on a tous des expériences différentes.

          Kins > Les discussions ne finissent en disputailles idiotes que quand elles sont déviées par des idiots. J’ai pu constater que ça t’arrivais effectivement souvent. Chacun interprétera cet état de fait comme il le souhaite. Pour ma part je n’en débattrai pas avec toi, j’ai déjà donné.

          • Kins
            3 août 2015

            Julien Moya > CQFD. Même dans des les coms, ça commence 😉

      • 13 septembre 2015

        « Bref, je trouve ça à peu près aussi réaliste que d’entendre comme l’explique Philippe que nous ne serions qu’une bande de malfaisants déchirés par nos querelles internes. »
        Il me semble que mon article soulève assez de problèmes au sein de notre métier pour ne pas qu’il soit ramené uniquement à de simples querelles aux allures de combat manichéen.

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