';
side-area-logo

« Paix sur ta couche »

Le bilan de l'année 2016 — ainsi que l'épilogue de 2015 — et mes meilleurs vœux pour 2017

L’année 2016 vient tout juste de s’achever, laissant derrière elle son lot d’événements marquants, dans la triste continuité de 2015 malheureusement… A priori, cette nouvelle année 2017 ne s’annonce guère plus réjouissante avec, entre autres, des échéances électorales qui ne laissent rien présager de bon (du moins, en ce qui me concerne). Il y a quelques semaines, j’ai eu envie de reprendre la plume pour écrire à nouveau dans mon journal, d’une part pour le dépoussiérer un peu suite à une longue période d’inactivité dessus, d’autre part pour faire le point sur cette année écoulée. En effet, en ce qui me concerne, l’année 2016 fût tellement riche en émotions que j’ai ressenti le besoin de consigner tout cela dans mon journal. Avant de revenir à des articles un peu plus professionnels, il me semblait important aussi d’assurer une transition avec mon dernier article en date écrit ici. C’est la première fois que je m’essaie à ce type d’exercice cumulant le bilan de l’année écoulée — avec quelques restes de celle d’avant — et les vœux pour la nouvelle à venir. J’espère que cette première tentative — très personnelle au demeurant — vous paraîtra assez intéressante pour vous donner envie de la lire jusqu’au bout. Allez, c’est parti, l’introspection peut débuter…


Le portfolio

Si vous êtes designer et que vous travaillez dans le web ou le numérique, vous devez certainement connaître cette sensation terrible où vous avez de plus en plus de mal à supporter la vision de votre portfolio : ses couleurs, ses typos, ses visuels… Tout vous hérisse le poil. Et pourtant, c’est bien vous qui l’avez fait quelques mois ou années auparavant ! Oui mais c’est comme ça, c’est dans l’ordre naturel des choses. Vous avez évolué, vous avez mûri, vous avez changé… Et, justement, le changement, parlons-en car vous en avez de plus en plus envie, surtout lorsque votre site internet apparait à l’écran, parfois même en voyant celui des autres et en vous disant : “tiens ce serait pas mal de faire ça”… Alors, une idée saugrenue finit par germer dans un coin de votre tête jusqu’à vous omnubiler nuit et jour : “Et si je refaisais mon portfolio ?”.

Vous avez déjà connu ça, n’est-ce pas ? Alors, si vous êtes dans cette situation à l’heure où vous lisez ces lignes, je ne peux pas vous le dire autrement que par ces mots : vous êtes dans la merde. Ni plus, ni moins. À cet instant précis, vous savez que vous êtes partis pour des semaines et des semaines de travail, d’introspection, de doutes et de galères, à vous creuser la tête pour savoir comment présenter votre travail dans un style qui correspond plus à ce que vous êtes et aux derniers travaux que vous avez créés ces derniers temps. Très sincèrement, je considère que la refonte de portfolio est le moment le plus douloureux — professionnellement parlant, j’entends — dans la vie d’un designer. C’est presque à se demander si la gestion d’un impayé n’est pas plus réjouissante…!

paix sur ta couche bilan 2016 meilleurs voeux 2017 refonte portfolio boite pandore
La refonte de son portfolio ou comment ouvrir la boîte de Pandore

 

De mon côté, cette envie incompressible de refaire mon site s’est manifestée au printemps 2015. Je ne supportais plus rien, que ce soit mon pseudo d’alors, le logo ou le thème WordPress que j’utilisais, j’avais envie de tout changer pour adopter un style plus en phase avec moi-même. Le processus créatif fut tellement long et douloureux que je n’en suis arrivé à bout qu’à la fin du mois de janvier 2016, soit deux mois en retard par rapport à ce que j’espérais initialement. À la fin, j’étais épuisé par le nombre d’heures de travail effectuées sur mon temps libre qui, normalement, aurait dû être consacrées à me reposer d’une activité salariée déjà harassante. J’en étais même arrivé au point où ce nouveau site ne me donnait plus du tout envie d’y revenir dessus, ne serait-ce que pour écrire des articles, alors que je l’avais conçu exprès pour développer cette activité de blogging.

Pour tout vous dire même, l’écriture de l’article que vous lisez en ce moment — Paix sur ta couche(1) — a commencé en fin d’année 2015 et celui-ci aurait dû être publié au lancement du site, en janvier 2016. À l’origine, cet article avait pour but de revenir vers des échanges plus paisibles au sein de la communauté design, suite à une année 2015 un peu tendue et une ambiance un peu délétère (et dont je reconnais pleinement ma pierre à l’édifice mais j’y reviendrai plus en détails dans le prochain chapitre). Pourtant, cet article restera dans les tiroirs durant toute l’année 2016, jusqu’à ce jour de publication. Avec le recul, je me dis que ce n’est pas plus mal d’ailleurs puisque cette année 2016 m’aura apporté les expériences qui manquaient à ma vie pour l’aborder encore plus sereinement et de façon plus détachée. Avec le retour de l’envie d’écrire et de partager, l’année 2017 devrait voir d’autres projets ajoutés à mon portfolio et d’autres articles publiés dans mon journal avec, je l’espère, un article dédié à la refonte de mon site et à la méthode utilisée pour y parvenir.

L’éthiquette

Ce chapitre n’a pas pour but de jeter à nouveau de l’huile sur le feu mais il me semble nécessaire d’apporter un épilogue à mes articles tripartites intitulés “Le design en 2015” et plus particulièrement au dernier de la série suite aux diverses réactions qu’il aura suscitées. Déjà, pour commencer, j’assume totalement ce que j’ai écris et il faut savoir que pas un mot ni une phrase n’ont été changés depuis la publication des articles durant l’été 2015. Ça, c’est une première chose. Le deuxième point c’est que le dernier article n’a pas été écrit sur un coup de tête — ou par simple vengeance parce que j’aurais été viré d’un Slack (lol) — mais après mûre réflexion sur une année écoulée. Ce n’est pas non plus un billet d’humeur mais un constat personnel sur notre communauté, son implication dans la défense de ses droits mais aussi sur quelques membres « influents » de la communauté qui m’avaient déçu par leur comportement durant la fronde contre le travail gratuit. Je n’ai pas pour habitude de me défausser de ce que je pense donc, là-dessus, je suis fier d’avoir accompli ce que j’estimais être un devoir de militant.

Côté réactions, je peux dire que je n’ai pas été en reste car j’en ai pris plein la tronche. Ce que je pensais être de bons collègues m’ont tourné le dos — me reprochant d’avoir craché dans la soupe ou je ne sais quoi d’autre — et, depuis, je me traîne un peu une étiquette de paria. Mais bon, comme je l’ai dit précédemment : j’assume. Contrairement à la tendance généralisée, un confrère directement visé dans mon article s’est illustré en m’envoyant un mail pour me remercier de l’avoir “secoué”, et ce même s’il n’avait pas forcément apprécié ce que j’avais écrit sur lui. Dans son mail, il me donnait sa version des faits et des explications sur certaines choses que je lui avais reprochées. S’en est suivie une correspondance par mail où nous avons échangé calmement. Dans la même continuité, un jour sur Twitter, j’avais vu passé ce que je considérais être comme un subtweet qui m’était adressé et qui provenait d‘un autre collègue. Lassé d’être pris pour cible, j’attrapais mon téléphone et j’appelais l’auteur pour obtenir quelques explications. Il s’est excusé dès le début en me disant que le tweet ne m’était pas adressé mais que c’était simplement un clin d’œil à un cercle fermé d’individus. Comprenant que la blague devenait lourde et qu’à force elle puisse m’agacer, il m’attestait que cela ne se reproduirait plus. Puis, tout naturellement, nous avons enchainé la discussion sur d’autres sujets où nous semblions être en désaccord alors que, dans le fond, nous ne l’étions pas. Tout cela pour dire que ces deux anecdotes me confortent dans l’idée que les quiproquos naissent souvent par claviers interposés du fait d’un manque de communication ou d’aprioris entre interlocuteurs. Au final, nous sommes dans le même camp et nous défendons tous la même chose : notre métier.

paix sur ta couche bilan 2016 meilleurs voeux 2017 kit survie creatif
Le kit de survie du créatif, du pain béni pour tous les freelances débutants (et pas seulement)

 

Cet article “coup de pied dans la fourmilière” aura eu pour effet boule de neige de faire bouger les choses. Après avoir été piqués au vif, certains membres de la communauté ont répondu de la plus belle des manières en opérant dans un premier temps la refonte du kit de survie du créatif. Depuis, de vieux articles ont été actualisés et, grâce à la participation d’autres contributeurs, de nouveaux billets ont vu le jour :

Outre cette refonte réussie, les nouveaux articles sont du pain béni pour tous les freelances débutants (et pas seulement !). Tout le kit de survie est à utiliser sans modération. S’il existe toujours des personnes qui ne le connaissent pas, je recommande aussi le forum Kob-One d’où les derniers articles du kit ont été tirés suite à de nombreux échanges constructifs. Enfin, dans la même veine, le site de l’association des Métiers Graphiques a, lui aussi, subi un petit lifting réussi. Toutes ces initiatives se sont inscrites dans une démarche positive et on ne peut qu’espérer que ces élans de militantisme réussissent à se renouveler pour mieux perdurer dans le temps.

Parmi les effets moins bénéfiques, la communauté design de Twitter devint, à la fin de l’année 2015 (et un peu encore parfois en 2016), le théâtre de jeu d’une sorte de chasse aux sorcières où, presque tous les jours, un bouc émissaire était pointé du doigt pour ses pratiques jugées peu — ou pas assez — éthiques selon les appréciations des uns ou des autres. Déjà que nous avions échoué complètement dans notre volonté de faire respecter la loi — et seulement la loi — au sein des métiers du design dans le cadre de notre combat face au travail spéculatif, des clivages intra-communautaires naquirent régulièrement et furent alimentés sur la seule présomption de carences déontologiques. Des expéditions inquisitoires furent menées, des designers très connus furent raillés pour leurs affiches ou leur marketing de produits — certes peu communs — le tout orchestré souvent par les mêmes protagonistes se réclamant apparement d’une morale et d’une exemplarité sans faille.

Par rapport à l’éthique dans notre profession, même si le sujet me parait bien trop complexe pour être abordé en seulement quelques lignes, j’aurais tendance à penser qu’elle ne regarde que soi. Chacun place son curseur comme bon lui semble tant qu’il est en phase avec ses convictions et que, bien sûr, il respecte la loi. Pour ma part, il me parait déplacé de porter un jugement sur autrui sans que je me pose cette question : et moi, suis-je vraiment irréprochable dans ce que je fais ? Je le répète encore, je n’écris pas ces lignes pour créer de nouvelles tensions mais, à un moment donné, j’espère que chacun a bien pris la mesure de ce qu’il était en train de faire quand il prenait part à ce genre de croisades ou qu’il portait de tels jugements sur ses confrères. Ce n’est pas parce qu’un designer refuse un contrat par éthique personnelle qu’une médaille lui sera décernée. Même si ce genre de geste peut parfois forcer l’admiration, cette décision est — et doit rester — personnelle. Ça ne rend pas une personne meilleure. Ça permet simplement d’être en phase avec soi-même et ses convictions. D’un autre côté, si ce même contrat est honoré par un autre designer, celui-ci n’est pas quelqu’un de « moins bien » et, surtout, il ne mérite pas non plus d’être pointé du doigt puis lynché sur la place publique. Enfin, si un designer a envie de lancer un parfum fait à partir de ses poils de cul, grand bien lui fasse. S’il arrive à en vivre parce que des gens sont assez tarés pour en acheter, tant mieux pour lui, sincèrement. Pour moi, chaque designer est libre d’exercer son activité tel qu’il l’entend et notre profession aura tout à y perdre en subissant à nouveau de tels jugements de valeurs moralisateurs.

Les attentats

Dans la continuité de 2015, l’année 2016 restera le symbole des événements tragiques liés aux attentats perpétrés un peu partout dans le monde. Il y aurait tant à dire sur le sujet qu’il me faudrait plusieurs articles — si ce n’est pas un livre entier — pour exprimer toutes mes pensées. Néanmoins, pour essayer de faire simple, la situation dans laquelle nous sommes, nous pays occidentaux, n’est pas une situation sortie de nulle part. Au contraire, la naissance de l’État Islamique s’est faite sur les cendres de décisions politiques et militaires orchestrées par les pays occidentaux durant de nombreuses années au Moyen-Orient. Je ne suis pas un expert en géopolitique — plutôt un passionné — mais la seule chose dont je suis sûr, c’est que les enjeux liés à cette région du monde nous dépassent complètement, avec une face cachée qui, un jour ou l’autre, devait finir inexorablement par nous péter à la figure. Et c’est ce qui se passe aujourd’hui…

Rien n’enlèvera l’horreur des attentats de Paris, de Nice ou de Bruxelles. Mais comment ne pas avoir de pensées tout aussi émues pour tous ces autres pays qui, eux, vivent ces mêmes atrocités quasiment tous les jours ? La Syrie, l’Irak, la Lybie ou l’Afghanistan : ce sont autant de pays dans lesquels nous sommes intervenus et que nous avons laissés dans une situation de chaos. Combien d’innocents — de femmes, d’enfants, d’hommes ou de vieillards — meurent chaque jour là-bas sous les bombes ou des suites d’attentats suicides. Je déplore le peu de réactions à ce sujet dans les médias et, de fait, dans l’opinion publique. C’est presque à croire qu’il existe une hiérarchie des malheurs en ce monde. Pourtant, tous ces morts que nous pleurons sont aussi un effet boomerang de nos propres décisions, ou du moins de celles des personnes que nous avons élues pour les prendre à notre place.

paix sur ta couche bilan 2016 meilleurs voeux 2017 attentats
Quand les conflits étrangers s’exportent jusque dans nos villes…

 

Il nous incombe donc la responsabilité de ne pas tomber dans les pièges qui nous sont tendus en ces moments tragiques. À nous déjà de commencer par ne pas céder à la peur. Tentons tant bien que mal de ne pas nous laisser emporter par des émotions revanchardes ou guerrières. À nous de ne pas succomber ensuite aux chants de l’extrémisme, du communautarisme et de la division. Soyons unis et tendons la main aux personnes nécessiteuses, sans distinction d’origine ethnique ou de religion, car la folie meurtrière des extrémistes ne fait pas de distinction quand elle frappe. Le chemin qui nous mènera jusqu’à la paix nous demandera beaucoup d’efforts, de retenue et de discernement.

Nous avons la possibilité d’appliquer cet état d’esprit d’abord à nous-mêmes, à chaque nouveau malheur, en faisant l’effort de comprendre avant de réagir. C’est pour cette raison que je déserte souvent les réseaux sociaux à chaque nouvel événement tragique. Il est bien naturel de réagir à sa façon et de laisser exprimer ses émotions. Je l’entends. Mais, ce n’est pas parce qu’on a le droit de s’exprimer qu’il est forcément utile de le faire. Bien souvent, ces réactions à chaud participent à la propagation de l’onde de choc par leur résonance émotionnelle. Pour l’exemple, je me suis déjà surpris à donner mon avis à chaud lors d’une tragédie puis, quelques heures après, à effacer ma réaction car celle-ci n’était plus en phase avec mes émotions, une fois revenues à un état plus proche de la normalité. Ne pas réagir ne signifie pas pour autant que je n’éprouve aucune empathie. Au contraire, en faisant le choix de me contenir, j’ai la sensation de plus participer au recueil envers les victimes plutôt qu’à l’amplification de ce phénomène traumatisant. Chacun d’entre nous peut donc faire le choix de canaliser ou non ses émotions, en commençant par le faire sur les réseaux sociaux.

Les réseaux

Un peu avant les attentats de novembre 2015, j’avais lu un article sur Medium faisant la corrélation entre le bonheur personnel et une certaine distance prise vis-à-vis des réseaux sociaux. Si l’article d’Emma Gannon peut paraître un peu niais et assez simpliste de prime abord, il avait tout de même le mérite, à l’époque, de rejoindre une démarche personnelle que j’avais initiée à l’été 2015 et que j’allais prolonger en 2016, bien au-delà d’un simple besoin de JOMO.

Pour la première fois depuis que j’évolue dessus, j’ai senti que mon rapport vis-à-vis des réseaux sociaux était en train de changer. Je ne sais pas si c’était dû à l’âge, aux attentats ou à ce qu’il s’était passé au sein de la communauté — ou très probablement à cause d’un petit peu tout à la fois — mais j’éprouvais de plus en plus de lassitude à me rendre sur ces médias pour partager ma veille, pour commenter l’actualité ou pour exprimer mon humeur du jour. À côté de cela, tout ce qu’il pouvait se passer autour de moi ou ailleurs sur la planète internet perdait peu à peu de son intérêt. Si Facebook n’était pas mon réseau social de prédilection, je reconnais volontiers que j’aimais vraiment passer du temps sur Twitter. Mais, par moments, et de plus en plus souvent, il en arrivait à m’insupporter au plus haut point avec son flux constant d’informations, ses cycles d’indignation perpétuels, son cynisme latent, ses lynchages gratuits ou ses coups de gueule improductifs. En plus, je me rendais compte que tous ces comportements — que, certes, j’ai dû avoir également, ou que je peux encore avoir parfois — avaient des répercussions négatives sur mes émotions et mon humeur, jusqu’à influer sur mon quotidien et le rapport avec mon entourage.

paix sur ta couche bilan 2016 meilleurs voeux 2017 coupure reseaux

Ce n’était pas tant une question de ne pas avoir une carapace suffisamment épaisse pour encaisser la dureté de la vie mais était-il vraiment nécessaire pour autant d’avoir à supporter les caisses de résonance émotionnelle des uns et des autres quand, de plus en plus, ceux-ci se laissaient aller à la démesure ? Étais-je obligé d’imposer à mon cerveau cette effervescence d’informations de tous types dont la teneur dramatique et l’impact émotionnel étaient la fond de commerce des médias ? La réponse était “non”, bien sûr. Alors, au printemps 2016, j’ai tout coupé, d’un coup, du jour au lendemain. Je ne me suis pas mis des œillères, je ne suis pas allé vivre non plus dans une grotte. J’ai seulement décidé de filtrer quels types d’informations j’avais envie de recevoir et surtout à quel moment de la journée. Et cette expérience m’a énormément plu et elle m’a fait beaucoup de bien, à tel point qu’elle aura duré presque six mois. Et cette coupure fut ô combien bénéfique puisqu’elle m’a permis de me recentrer sur les choses importantes dans ma vie et sur des valeurs essentielles telles que la famille, mes amis et mes proches. Je vous avouerais en toute franchise que ce retrait fut motivé aussi par l’approche d’un événement personnel sur lequel je reviendrais un peu plus en détails au prochain chapitre.

J’ai mis fin à cette expérience à l’automne et je suis revenu petit à petit sur les réseaux sociaux. Mais, depuis, mon attrait pour eux n’est décidément plus le même et j’ai presque l’impression de me forcer à y aller. Sur ces réseaux sociaux, nous sommes devenus des consommateurs de l’information par les émotions qu’elle suscite en nous, où chaque nouvelle actualité est régurgitée sous la forme d’un commentaire — d’un tweet ou d’un post — empreint de mépris, d’ironie ou d’indignation, le tout sans aucun recul. Parfois, un sujet mérite qu’on s’attarde à le commenter durant toute une journée. Mais, dès le lendemain, nous passons à d’autres sujets, tels des amnésiques des actualités de la veille. À croire que les dernières nouvelles ne peuvent pas attendre qu’on se pose calmement pour régler les précédentes. Mais, peut-être est-ce ça, justement, le but de ce flot incessant de données…

Alors, plutôt que de marteler nos cerveaux dès notre plus jeune âge par cette amas de catastrophes, de massacres et autres tragédies, je rêve de voir un jour les médias diffuser aussi les diverses solutions existantes qui permettraient de changer le monde durablement. Pour étayer ma pensée, je trouve par exemple que le contenu du film “Demain” est d’utilité publique. Ce type de petites séquences devraient être projetées tous les jours à la télévision à la place d’un journal de 20 heures déprimant et oppressant. Quoi de plus positif, agréable et motivant que d’entendre tant de personnes nous expliquer qu’un autre monde est possible en s’unissant et en créant des réseaux alternatifs. Le pouvoir de changer le monde dans lequel nous vivons réside simplement dans notre volonté à le mettre en œuvre.

Le bonheur

Comme je l’évoquais lors du chapitre précédent, l’année 2016 a été particulièrement marquante pour moi puisqu’elle abrite le jour de la naissance de mon premier enfant au printemps. Ce moment de bonheur fut d’une intensité inégalable qui, de fait, a complètement chamboulé ma vie — voire même ma vision de la vie — rendant chaque seconde que Dieu fait plus exquise que jamais. Jusqu’à ce que je libère mon dernier souffle, ce jour-là restera gravé dans ma mémoire comme le plus beau jour de toute ma vie.

Certes, rien de bien original puisque cette pensée est régulièrement exprimée en ces termes par la grande majorité des nouveaux parents. À tel point qu’elle en deviendrait presque banale. Quant à ceux qui n’ont pas eu encore la chance de devenir parents, il est bien difficile de comprendre cette sensation tant qu’elle n’a pas été vécue. En tout cas, en ce qui me concerne, cette saveur si unique et si fabuleuse à la fois qu’offre la néo-parentalité fut d’un goût bien plus intense encore — pour ma compagne comme pour moi — puisque cela faisait sept années que nous nous battions pour espérer vivre ce moment-là. Sept années de combat, d’espoir, de désillusion, de tristesse voire de résignation pour qu’à la fin la médecine accomplisse quasiment un miracle et nous sauve d’une fatalité qui réussissait à rendre notre existence insupportable par moments.

paix sur ta couche bilan 2016 meilleurs voeux 2017 naissance bebe
Le plus beau cadeau de la vie, assurément

 

Là encore, les personnes qui sont devenues parents sans la moindre difficulté et de manière naturelle — ce qui est tant mieux pour eux, bien évidemment — ont toujours du mal à comprendre et à se mettre à la place de ceux pour qui ça devient le combat de leur vie. Ce n’est pas un reproche, simplement un constat qui est fait par tous ceux qui sont passés par ces moments de détresse. D’ailleurs, il suffit de briser la loi du silence qui règne sur ce tabou sociétal pour se rendre compte qu’autour de soi un nombre impressionnant de couples sont obligés de requérir à la médecine pour espérer un jour devenir parents.

Dieu merci, mon enfant est en excellente santé et se porte à merveille. C’est devenu le soleil de ma vie, celui qui réchauffe mon cœur et éclaire le chemin que j’arpente chaque jour. Suite à sa naissance, j’ai commencé à écrire un livre qui raconte le combat que sa mère et moi avons dû mener pour qu’il puisse voir le jour. Ce projet de livre était resté dans un coin de ma tête durant toutes ces dernières années, attendant le jour où nous serions — peut-être — parents et où nous pourrions donner un peu d’espoir aux autres couples qui traversent les mêmes tourments que nous avons eu à surmonter. Ce livre est aussi l’occasion de raconter la belle histoire d’amour qui nous unit, sa mère et moi, où notre passion finit par triompher de l’adversité. Lorsqu’un couple s’engage sur la voie médicale pour être aidé à la procréation, l’amour tend à s’effacer peu à peu. Pourtant, c’est bel et bien lui à la fin qui vient sceller le sort car il demeure la clé du succès. Enfin, pour clore ce chapitre très personnel, ce livre est écrit d’abord et avant tout pour mon enfant, à tel point que j’ai choisi de lui adresser dans sa formulation. Cet héritage que je compte lui faire est aussi une démarche fondamentale pour le juste équilibre de sa future existence.

L’âge

Quand je songe à 2017, je me rappelle aussi que c’est l’année où je vais souffler mes 40 bougies au mois de mars. Ça fait longtemps que j’entends parler de cette fameuse crise de la quarantaine donc je suis impatient à l’idée d’y être enfin ! Plus sérieusement, ce chiffre ne peut pas laisser insensible, surtout dans un métier comme la communication qui évolue sans cesse… Au tout début de mes articles sur le design en 2015, j’avais déjà cité l’article intitulé “Le futur n’est plus ce qu’il était” écrit par Aurélien Foutoyet et je ne peux pas m’empêcher d’y faire référence à nouveau. Faire quarante ans est plus que jamais l’occasion pour moi de faire le bilan sur ma vie mais aussi de jeter un regard sur ma carrière professionnelle, sachant que, ce mois de janvier 2017, j’attaque ma 18e année d’expérience dans la communication visuelle

J’ai cru deviner que beaucoup d’entre nous, après avoir acquis une certaine expérience, s’interrogent sur leur avenir au sein de la profession, la plupart une fois que la trentaine est passée ou que la quarantaine se rapproche, comme moi. Au bout de tant d’années à exercer notre profession, la régénération créative se heurte au sentiment d’avoir fait le tour des choses, la lassitude prend le dessus sur le goût du challenge et le manque de motivation s’en fait automatiquement ressentir. Alors, systématiquement, une question ressurgit : dans quoi pourrais-je bien me reconvertir ? Pas facile de s’extraire d’un domaine après lui avoir accordé 10 ou 15 années soit la totalité — quasiment — de sa vie professionnelle. Comme le footballeur qui deviendrait entraîneur à la fin de sa carrière, l’enseignement semble prédestiné aux collègues voulant s’assurer une reconversion en douceur et souhaitant transmettre leur expérience mais aussi leurs valeurs aux générations futures. D’un autre côté, autour de moi, j’ai les exemples d’anciens collègues qui, après avoir vécu l’expérience douloureuse du plan social et grâce à son congé de reclassement, ont décidé de changer complètement de métier en se formant et en passant leur diplôme : chauffeur poids lourds pour l’un à 41 ans pour l’un, esthéticienne à 46 ans pour une autre, ambulancier à 33 ans pour un autre… Avec de la volonté et en ayant aussi les ressources matérielles suffisantes pour opérer ce changement dans de bonnes conditions, la reconversion professionnelle semble être dans le domaine du possible. Reste à trouver dans quel secteur…

paix sur ta couche bilan 2016 meilleurs voeux 2017 age
La démarche qualité : réflexion, procéduralisation, mise en application, retours, analyse, amélioration…

 

Pour ma part, depuis 2013, je travaille dans le domaine de l’immobilier en tant que chargé de communication & marketing au sein d’un cabinet en gestion de patrimoine. Bien que je sois toujours graphiste webdesigner en freelance en dehors de cette activité salariée, cette nouvelle fonction m’a permis de faire évoluer mes compétences vers des domaines différents. Il y a deux ans, j’ai réalisé que mon organisation, ma façon de travailler avec les autres et ma manière de concevoir la communication visuelle correspondaient à de la démarche qualité. En effet, ce que je pensais assimiler auparavant à du perfectionnisme correspondait finalement à une volonté d’amélioration continue dont l’état d’esprit sous-jacent est de chercher à viser l’excellence.

L’excellence est un art que l’on n’atteint que par l’exercice constant. Nous sommes ce que nous faisons de manière répétée. L’excellence n’est donc pas une action mais une habitude. — Aristote

Côté mise en application, des actions communes ont été organisées en relation avec les équipes commerciales pour faire progresser les outils de travail que j’avais conçus. Des corrections y ont été apportées au fur et à mesure de leur utilisation en fonction des retours faits par les utilisateurs — ici, les conseillers en gestion de patrimoine, essentiellement — afin de les impliquer au maximum dans la démarche. En effet, la qualité est aussi une approche managériale qui, si elle est bien utilisée, peut être redoutablement efficace puisqu’elle permet de fédérer les équipes autour de projets communs d’entreprise. Des processus ont aussi été créés dans le but d’améliorer le workflow. Dans la même continuité de procéduralisation, j’ai imaginé une application CRM permettant également de centraliser nos fournisseurs (les promoteurs immobiliers), de quantifier nos produits (les logements issus des résidences neuves) et de qualifier notre activité commerciale (relever tous les rendez-vous clientèle nécessaires pour réaliser une vente). J’ai ensuite schématisé chaque partie en tenant compte de toutes les actions pouvant potentiellement intervenir dans notre workflow. Côté réalisation, le travail de conception de l’outil CRM a été confié à Bâtiment B, studio digital à Toulouse, qui ont réalisé un excellent travail. J’espère vraiment avoir l’occasion de revenir plus longuement sur la qualité dans un futur article car je trouve le sujet passionnant. Et, dorénavant, j’aimerais beaucoup continuer de faire évoluer ma carrière professionnelle vers ce type de gestion de projet associé à une démarche qualité.

L’avenir

Ah, 2017… Rien que la prononciation de ce chiffre me donne des frissons d’appréhension vis-à-vis de ce qu’il pourrait bien advenir au printemps de cette nouvelle année en raison des élections présidentielles qui se profilent à l’horizon des mois d’avril et de mai, puis des législatives en juin. J’avais déjà un peu évoqué mon rapport à la politique et aux élections dans un article intitulé “Pourquoi je n’irai pas voter ce dimanche” que j’avais publié initialement sur Medium le 6 décembre 2015. Dedans, j’y explique les raisons pour lesquelles je suis devenu abstentionniste depuis l’élection de François Hollande en 2012. Apparemment, je suis loin d’être un cas isolé.

Les dernières élections de Donald Trump (aux États-Unis) et de François Fillon (à la primaire de la droite) ont eu beau nous montrer — une fois de plus — à quel point les sondages n’étaient absolument pas fiables, il n’en demeure pas moins que ces derniers sont loins d’être rassurants quand je vois le trio de tête actuel : Fillon, Le Pen et Macron. Mais, comment s’en étonner ? Ce que je vois autour de moi, ce que je lis et ce que j’entends expriment essentiellement un profond désarroi, un ras-le-bol entremêlé de colère et de peur. En même temps, comment en vouloir aux français ? Ils sont acculés dans une austérité et une incertitude sur leur avenir, celui de leurs enfants et celui de leurs emplois, qui durent depuis 2008. Dès leur plus jeune âge, ils sont éduqués au dogme qui affirme que c’est ce qu’on possède qui définit ce que l’on est. Alors, le français est persuadé que le fait de consommer plus l’aidera à se sentir mieux, que son bonheur passe indubitablement par la consommation. Alors, il achète la toute dernière voiture sortie d’usine, le dernier smartphone à la mode pour bien s’afficher avec dans son entourage, la télévision qui compte le plus de pixels au monde pour mieux profiter des matches de football le soir, etc. Ils sont nourris 24 heures sur 24 par la peur d’un ennemi qu’ils croient identifiable seulement par sa religion et dont le seul but serait de passer la frontière pour semer la terreur sur le territoire français ou pour profiter des aides sociales. Le français est habitué à voir la réussite par la richesse encensée de toutes parts tandis que — le mythe de — l’assistanat est sans cesse identifié comme le boulet au pied de notre société et pointé du doigt comme responsable de tous les maux.

paix sur ta couche bilan 2016 meilleurs voeux 2017 avenir

Ce conditionnement par une quête effrénée du bonheur liée au consumérisme est l’artère principale de notre système capitaliste par laquelle le libéralisme et maintenant l’ultra-libéralisme injectent leur doctrine et préparent la société de demain. Chaque publicité scande mieux que quiconque la gloire à ce dogme. Chaque jeu de télé-réalité nous rappelle que la victoire passe inéluctablement par l’élimination de ses adversaires ou même de ses propres partenaires désignés comme maillon faible de l’équipe. Les médias martèlent notre crâne jusqu’à y faire rentrer assez de peur — d’autrui, de la religion ou de l’avenir — pour nous obliger à rentrer dans le rang et à ne penser qu’à soi ou qu’à nos proches. Et tout cela fonctionne à merveille. La solidarité se prédestine à sonner le glas définitivement et peut-être même que sa date de mise à mort risque d’être prononcée au soir du dimanche 7 mai. Pour autant, je n’ai pas plus envie d’aller voter. Et c’est bien là le drame.

Si voter changeait quelque chose, il y a longtemps que ce serait interdit. — Coluche

En dehors de nos frontières, côté scène internationale, la situation n’est guère plus réjouissante puisqu’elle semble même se détériorer de jour en jour avec, comme point de concentration, le Proche-Orient et plus particulièrement la Syrie, où le conflit qui règne là-bas depuis mars 2011 — et qui est si complexe à comprendre au vu du nombre d’intervenants — a tendance à cristalliser toutes les tensions entre pays influents, qui sont aussi accessoirement les plus grosses puissances militaires mondiales : Russie, États-Unis, Chine… Des hommes raisonnables œuvreraient certainement à ramener la paix de par le monde mais là, en 2017, nous allons avoir des Donald Trump, Vladimir Poutine et [insérer ici le nom du prochain président français] pour nous sortir de cette situation crispante. En gros, c’est un peu comme si Batman était aux abonnés absents et qu’on demandait au Joker, à Bane et au Pingouin de s’entendre pour sauver Gotham City du chaos… Bon, je vous laisse deviner qui sera le pingouin dans l’histoire… Au moment où j’écris ces lignes, l’ambassadeur russe en Turquie vient d’être assassiné par un policier turc, un camion a foncé dans la foule d’un marché de Noël à Berlin et un terroriste déguisé en père Noël a ouvert le feu dans une boîte de nuit en Turquie. Bref, cette année 2017 s’annonce comme l’année de tous les dangers et, plus que jamais, notre avenir est à réinventer. Pour ma part, je ne peux pas me résoudre à exprimer mon mécontentement seulement par la voix de l’abstention donc mon journal devrait se voir intégrer des articles de réflexions diverses — à mon humble niveau — sur les sujets d’actualités.

Et surtout la santé !

Nous arrivons à la fin de ce long article — certes un peu décousu, parfois personnel — et, pour finir sur une note plus gaie, j’aimerais vous adresser mes vœux. Je vous souhaite donc une belle et heureuse année 2017, en particulier à celles et ceux qui auront réussi l’exploit d’arriver à lire cet article jusqu’à ces lignes !

  • Que 2017 vous comble de bonheur, de joie et d’amour partagés avec autrui, car, seuls, nous ne sommes rien d’autre que de simples âmes en peine en quête de ces 3 piliers fondamentaux ;
  • Que 2017 protège votre famille, vos proches et vos amis en les tenant éloignés le mieux possible du malheur, de la tristesse et surtout de la maladie ;
  • Que 2017 vous procure toute la réussite escomptée dans les projets que vous entretiendrez durant cette année, en espérant qu’elle participe à leur éclosion ;
  • Que 2017 vous apporte aisance et fortune afin que vous ne manquiez de rien, que vous puissiez vivre dignement, comme tout être humain qui se respecte ;
  • Enfin et surtout, que 2017 vous tienne éloigné de la maladie, vous assurant une bonne santé afin d’affronter toutes les épreuves qui se dresseront tout au long de l’année à venir, car la santé est avant tout le ciment entre le corps et l’âme. Sans une bonne santé, rien n’est possible donc pensez d’abord à vous et préservez-vous avant tout.

Au-delà de la tradition des vœux, je vous souhaite le meilleur dans votre accomplissement personnel car cela reste la quête principale de toute existence. En d’autres termes, devenez qui vous êtes et ce pour quoi vous êtes fait, vous n’en serez que plus heureux.

paix sur ta couche bilan 2016 meilleurs voeux 2017 meilleurs voeux

Pour boucler la boucle, et en guise de conclusion sur une petite pointe d’humour, le meilleur que je puisse souhaiter à un designer pour 2017, comme en janvier 2016, c’est de ne surtout pas se lancer dans la refonte de son portfolio.

Bonne année 2017 et meilleurs vœux à toutes et à tous.


(1) Le titre de cet article est issu d’une réplique du film “Les Rois Mages” et de ce passage au Ritz que j’ai toujours adoré. Certes, j’aurais pu trouver mieux en terme de référence cinématographique mais ce que je retiens de cette scène c’est que le destin — mektoub — s’évertue souvent à placer la (ou les) bonne(s) personne(s) au bon moment et au bon endroit sur le chemin de la vie.

Crédits photos et illustrations : ShutterstockPixabay | Freepik

À lire dans la même thématique

J'aime !
Partager
Mots-clés
Répondre