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Pourquoi je n’irai pas voter ce dimanche

Ce dimanche 6 décembre 2015 se tient le premier tour des élections régionales en France. Ces élections sont présentées comme “à haut risque” car elles ont lieu quelques jours seulement après les terribles attentats du 13 Novembre à Paris. Partout, sur tous les médias, s’agite le drapeau menaçant du Front National sur fond de montée des extrêmes partout dans le monde et nous avons droit au sketch où chaque parti politique qui se vante de défendre les valeurs de la République appelle à accomplir le devoir de citoyen. Malgré cela, ce dimanche, je n’irai pas voter. Ni l’autre d’ailleurs. Quant à mon devoir de citoyen, je compte bien l’exercer ici en exprimant les raisons pour lesquelles je n’irai pas voter ce dimanche.

Liberté

Dans un premier temps — et par dessus tout —, je rappelle que je suis libre de ne pas aller voter ce dimanche. Même si voter est un devoir, je conserve le droit de ne pas aller voter. Or, cette catégorie de personnes n’ayant pas envie d’aller exprimer son vote est de plus en plus fustigée par la catégorie des votants et il devient risqué de s’exprimer en public sur son abstention sans être jugé ou considéré comme un non citoyen.

Lors des premières élections que j’ai vécues dans ma vie— mon premier bulletin de vote fut glissé dans une des urnes de l’élection présidentielle de 1995 —, je n’ai pas le souvenir que les abstentionnistes étaient montrés du doigt comme cela à chaque élection. Il faut dire que le Front National — l’épouvantail brandi à chaque élection — n’atteignait pas de tels scores.

Jusqu’à présent, je réussissais à me convaincre d’aller “voter contre” à défaut de trouver un candidat qui me donnait assez envie de lui donner ma voix. Jusqu’à présent, quand l’envie d’aller voter me faisait défaut, je puisais ma motivation dans la conscience du combat mené à travers le monde par toutes celles et ceux qui risquent jusqu’à leur vie pour obtenir ce privilège.

J’ai voté à chaque élection jusqu’à ce deuxième tour de l’élection présidentielle de 2012 et, depuis, je suis abstentionniste. Or, en tant que tel, je trouve inacceptable, voire indécent, de faire porter la responsabilité des résultats d’une élection à des personnes qui prennent la liberté de refuser de donner leur voix à quiconque, faute de trouver de meilleur choix que ceux qui leur sont présentés.

Même avant les élections, une forme de harcèlement de la part des politiques, relayée par les médias et même les votants, fait une lente apparition pour progressivement montrer du doigt “les autres”. Au fur et à mesure que l’élection approche, la pression se fait de plus en plus forte sur les indécis et les abstentionnistes. Dès lors, un processus de culpabilisation se met en place et j’ai déjà lu que celui qui ne vote pas n’a pas le droit de donner son avis sur l’élection. J’ai lu aussi que celui qui ne vote pas n’a pas le droit de se plaindre ou de contester les résultats.

Comme si la seule forme d’expression citoyenne qui nous était donnée se résumait au vote et seulement au vote, avec un choix de candidats qui, pour ma part, ne me satisfait pas.

Égalité

Car le fond du problème est bien là. Ce n’est pas l’abstention qui est la cause de la montée des idées extrémistes que véhiculent des partis comme le Front National. L’unique responsabilité de la montée des extrêmes incombe aux partis politiques qui se succèdent les uns après les autres au pouvoir et qui ont l’outrecuidance de se présenter sur les plateaux TV, devant des français qui ont parfois du mal à joindre les deux bouts, pour se chamailler comme des enfants en se renvoyant la balle des erreurs commises auparavant au lieu de venir proposer de véritables solutions aux problèmes des français.

La principale responsabilité revient également aux candidats et élus politiques faisant campagne sur fond d’idées racoleuses avec, en tête de liste, toutes ces questions d’ordre sécuritaire, avec l’Islam et les musulmans mis clairement en ligne de mire. Cette méthode a pour unique but de dresser les français les uns contre les autres pour mieux se défausser de leurs propres manquements, comme s’il y avait les bons contre les méchants, comme s’il y avait les travailleurs contre les fainéants, comme s’il y avait les laïcs contre les fanatiques, comme s’il n’y avait que des pions blancs face à des pions noirs…

L’autre responsabilité provient du fait que nous élisons des candidats sur des programmes qui ne sont pas appliqués par la suite. Certes ce que je dis là n’a rien de nouveau mais cette aberration a une grande part de responsabilité dans le désintérêt des français pour la politique, et ce d’autant plus en période de crise, ce qui a pour conséquence directe de dérouler un tapis rouge menant aux partis extrémistes.

Au-delà de ne pas tenir ses promesses de campagne, notre actuel président et son gouvernement ont fait l’énorme erreur de ne pas mettre en œuvre de politique socialiste ou dite “de gauche” là où les déçus du mandat de Nicolas Sarkozy attendaient justement un changement de cap politique. Par l’application de cette politique plutôt ancrée “à droite” et contestée depuis 2012, François Hollande et le Parti Socialiste ont perdu une grande partie de leur électorat de gauche dont une partie, malheureusement, a forcément rejoint les rangs de partis qui recrutent sur la déception. Et ce n’est pas un hasard si, justement, mon dernier vote dans l’urne a été attribué à François Hollande, au 2e tour de l’élection présidentielle de 2012.

Enfin, il va sans dire que les différentes affaires judiciaires dans lesquelles sont impliquées nos hommes politiques de tous bords finissent par excéder et dégouter les électeurs, jusqu’à ce qu’ils n’aient plus envie de confier une once de leur confiance à l’égard d’un représentant politique. D’ailleurs, comment continuer de croire un seul instant que nos élus agissent dans l’intérêt général de la nation ou des français ? Dans la politique qu’ils appliquent et dans les décisions qu’ils prennent, les élus ne pensent qu’à défendre leurs propres intérêts et ceux des personnes qui leur ont permis d’accéder à cette fonction. Mais, ne nous leurrons pas, ce ne sont pas les électeurs mais bien les personnes qui ont financé leur campagne électorale et qui attendent leur retour sur investissement.

Cela ne me plaît guère de rejoindre une partie des thèmes de campagne chers à certains partis extrémistes mais force est de constater que nos représentants et leurs partis politiques sont tous les mêmes et recherchent les mêmes choses : le pouvoir, le profit et leur propre intérêt.

Fraternité

Pour résumer ma pensée, je dirais que le summum de l’incompétence politique s’est produit après les attentats du 13 Novembre 2015 lorsque la seule réponse à l’horreur et à la cruauté fut de déclarer la guerre et d’instaurer l’état d’urgence en France, privant ainsi les français d’une grande partie de leur liberté dans un immense “Amen” nécessiteux de dispositions sécuritaires. Or, nous savons tous pourtant qu’il ne faut pas réagir sur le coup de l’émotion, de peur de dire ou de faire quelque chose qui pourrait être regrettée par la suite.

Contrairement à ce que veut nous imposer Manuel Valls ou François Hollande, je ne suis pas en guerre. Par cette missive, j’exprime un message fraternel de paix envers tous les citoyens du monde — qu’importe leur religion ou leur couleur de peau — pour que nous soyons unis contre le terrorisme sous quelque visage qu’il soit. Ensemble, condamnons ces hommes d’états dont la seule préoccupation est l’instauration d’un climat de peur et de haine envers autrui, leur permettant tranquillement de s’adonner à leur quête de pouvoir et défendre leurs propres intérêts économiques ainsi que ceux de leurs partenaires en business. N’oublions jamais que le gaz, le pétrole ou toute autre richesse naturelle sont des facteurs de prise de décision bien plus importants que les conditions de vie d‘un peuple.

Ne perdons jamais de vue que, lorsqu’un état décide d‘entrer en guerre contre un autre, ce sont les peuples qui comptent le plus de morts dans leurs rangs que dans ceux des soldats qui font la guerre. Et nous serions bien dupes de croire que seuls des terroristes sont touchés par les frappes actuelles de l’aviation française en Syrie, en représailles aux attentats du 13 Novembre à Paris. En d’autres termes, répondre à la barbarie par une autre forme de barbarie signifie juste que nous ne valons pas mieux que ceux qui nous assaillent. Mais surtout que nos actes déterminent d’ores et déjà les futures représailles que nous aurons forcément à subir, en retour.

Les dérives de l’après 11 Janvier avec la vague des “Je Suis Charlie” laissaient déjà présager des jours sombres avec une première mobilisation générale dont les réelles revendications demeuraient assez obscures. En effet, difficile de comprendre comment tant de personnes se réclamant de la liberté d’expression pouvaient laisser nos élus voter des lois ultras sécuritaires et liberticides. Un excès de totalitarisme pointait déjà le bout de son nez et la moindre part de contestation revenait à manquer de respect envers ceux qui étaient morts quelques jours auparavant pour leurs dessins et la liberté d’expression.

Malheureusement, et malgré sa mise en place, la loi Renseignement n’aura pas réussi à empêcher de se produire les terribles attentats du 13 Novembre 2015. Malgré cet échec, les jours qui suivent les attentats de Paris voient se mettre en place un état d’urgence avec une escalade sécuritaire qui se fait au détriment de nos libertés les plus fondamentales. Dans un phénomène d’hystérie collective, nos représentants politiques y vont chacun de leur déclaration choc pour demander plus de restriction de libertés ou pour jeter l’opprobre sur une partie de la population de culte musulman vivant en France depuis de nombreuses générations et qui, je le rappelle, est aussi française que vous et moi. C’est en cela que François Hollande et Manuel Valls ont bafoué les idéaux de la gauche et de la République. En participant à l’instauration de ce climat délétère où la guerre civile n’est pas bien loin si jamais le Front National devait accéder au pouvoir.
Je suis un homme dont la couleur politique est foncièrement ancrée à gauche. Je crois en des valeurs humaniste et fraternelle. Je crois en l’égalité des chances. Je crois en une solidarité des plus forts au profit des plus faibles, pour que chacun d’entre nous puisse avoir accès aux soins médicaux, à l’éducation, au savoir et à la culture. Je crois en la justice et en l’équité devant la loi. Je crois en la liberté d’entreprendre et en la défense des droits des travailleurs, et ce qu’importe le statut social. Je crois au respect du culte d’autrui et en la connaissance des usages de chacun pour mieux chasser la peur de l’inconnu.

Démocratie

La démocratie consiste à donner la parole au peuple pour que celui-ci s’exprime et décide de son propre sort. Or, actuellement, les programmes des candidats pour lesquels le peuple vote ne sont presque jamais appliqués une fois que les élus ont accédé au pouvoir. Or, comme l’affirme Etienne Chouard, “désigner des maîtres au lieu de voter des lois est une imposture politique”.

Il convient que nous, français mais aussi citoyens du monde, prenions pleinement conscience qu’en l’état actuel des choses, nous ne sommes pas en démocratie puisque nous, le peuple, ne sommes pas maîtres de nos décisions. Et il est grand temps que nous cessions de nous y soumettre comme si c’était normal et que nous ne pouvions rien y faire. C’est faux.

La vraie démocratie consisterait à choisir ses représentants pour qu’ils mettent en application le programme pour lequel ils ont reçu la majorité des voix au suffrage universel.

Pour aller plus loin, pourquoi est-ce que représenter les intérêts de son peuple est un métier ?

Le carriérisme politique se transforme toujours en cancer de l’implication et de la dévotion à la cause que l’élu est sensé défendre.

Dans ce cas, pourquoi est-ce que la clé de voûte de la citoyenneté et de la démocratie ne serait pas la participation de chacun, tour à tour, aux prises de décisions ?

Pourquoi ne pas choisir ses représentants ou être désigné soi-même comme représentant en fonction de son domaine d’expertise ou de sa profession ?

Ces questions me travaillent depuis mon plus jeune âge et ce n’est pas un hasard si, lorsque j’ai passé mon baccalauréat, le jour de l’épreuve de philosophie, le sujet qui m’était présenté était : “Est-ce au peuple qu’il appartient d’écrire les lois ?”

La réponse est “oui”. Résolument.

Comme beaucoup, je rêve d’un monde meilleur et cela n’a rien d’utopiste. Il suffit simplement de le vouloir et de prendre son destin en mains.

L’utopie n’est que l’appellation donnée à la manifestation de la résignation lorsque celle-ci prend le dessus sur le rêve de tout un chacun de voir son quotidien s’améliorer et d’espérer que son avenir évolue vers des jours meilleurs.

Je n’ai nullement envie d’être résigné. Et vous ?


Article publié initialement sur Medium le dimanche 6 décembre 2015.

Crédit photo : The School of Athens — Raphael

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